Lectures in the Mood #21

14 septembre 2023

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.
Au Sommaire : Quelques unes de mes lectures de l’été : Cinq petits Indiens, de Michelle Good aux éditions du Seuil. Hors la loi, d’Anna North aux éditions Stock. Les Marins ne savent pas nager de Dominique Scali aux éditions la Peuplade Fleur de roche d’Ilaria Tuti aux éditions Stock Les dernières volontés de Heather McFerguson, de Sylvie Wojjcik aux éditions Arléa |

Cinq petits Indiens de Michelle Good aux éditions du Seuil
Voici le texte de 4e de couverture :
« Canada, fin des années 1960. Des milliers de jeunes autochtones, libérés des pensionnats, essaient de survivre dans le quartier d’East Vancouver, entre prostitution, drogue et petits boulots.
Il y a Maisie, qui semble si forte ; la discrète Lucy, épanouie dans la maternité ; Clara, la rebelle, engagée dans l’American Indian Movement ; Kenny, qui ne sait plus comment s’arrêter de fuir, et, enfin, Howie, condamné pour avoir rossé son ancien tortionnaire.
D’une plume saisissante, Michelle Good raconte les destins entremêlés de ces survivants. Un roman choral bouleversant.
Michelle Good est une autrice crie appartenant à la nation Red Pheasant. Elle a travaillé comme avocate auprès des survivants des pensionnats autochtones pendant plus de vingt ans et elle a également publié de la poésie, des essais et des nouvelles dans de nombreux magazines et anthologies. Cinq Petits Indiens a reçu, entre autres, le prix du Gouverneur général 2020 et le prix du public Canada Reads de Radio-Canada. »
Ce roman raconte l’histoire de ces enfants, âgés de 5 à 16 ans, arrachés à leur famille indienne pour être enfermés dans des pensionnats. À travers les récits de cinq d’entre eux, Kenny, Maisie, Clara, Lucy, Howie qui parlent tour à tour de ce qu’ils ont vécu, mais aussi de leur présent, on découvre à quel point cette opération a été monstrueuse pour ces enfants arrachés à leurs racines et soumis à des violences verbales et physiques, le manque de nourriture, des sévices sexuels et dont la vie en a été marquée à jamais. Ces cinq jeunes ont vécu dans le même établissement puis, quand après leurs 16 ans on les a abandonnés dans le monde, ils ont eu non seulement à survivre, mais à surmonter les traumatismes accumulés à la Mission.
Un roman écrit à cinq voix, touchant, bouleversant et révoltant.
On comprend la difficulté de ces jeunes à parler de ce qu’ils ont vécu et on ne peut que se féliciter que certains aient eu le courage de porter ce drame devant la justice et d’accuser l’Église et le gouvernement canadien. Mais aucune somme d’argent ne pourra jamais racheter une vie brisée.
L’autrice est elle-même issue d’une famille indienne et sa mère a été enfermée dans un de ces établissements. Cela donne encore plus de force à ce livre à lire absolument !
et pour terminer, voici deux extraits.
p. 138, c’est Clara qui parle :
« Les journées se succédaient à l’école, sans que rien ne les distingue les unes des autres, sauf le nom de l’élève qui se faisait prendre en train de voler de la nourriture ou qui essuyait les foudres de sœur Mary. Un matin, alors que la lumière pâle du soleil entrait à flots par la fenêtre du dortoir, Clara ouvrit les yeux, mais ne bougea pas, refusant de quitter la chaleur du lit pour affronter les courants d’air du dortoir et le lino froid sous ses pieds. »
p. 217, la parole à Kenny :
« Cela me pesait de plus en plus de ne pas réussir à trouver un travail à plein temps avec un salaire décent. J’avais l’impression d’être enterré vivant. Je me réveillais désormais toutes les nuits, le souffle coupé, oppressé par les souvenirs et la peur irrationnelle d’être retourné là-bas, à la Mission – d’être redevenu un enfant agressé dans son lit par frère John. Alors je sortais sillonner les rues pendant des heures… »
Hors la loi, d’Anna North aux éditions Stock.
Voici ce qu’on peut lire en 4e de couverture :
« En l’an de grâce 1894, je devins une hors-la-loi. »
« À 17 ans, la vie semble sourire à Ada : elle vient d’épouser le garçon qu’elle aime et son travail de sage-femme aux côtés de sa mère la passionne. Mais les mois passent et le ventre de la jeune femme ne s’arrondit toujours pas. Dans cette petite ville du Texas où la maternité est portée plus haut que tout, et la stérilité perçue comme un signe de sorcellerie, les accusations à l’encontre d’Ada ne tardent pas à se multiplier. Bientôt sa vie même est menacée et elle n’a d’autre choix que de partir, renonçant à tout ce qu’elle avait construit.
Elle trouve refuge au sein du tristement célèbre gang du Hole-in-the-Wall, une bande de hors-la-loi dirigée par un leader charismatique : le Kid. Le Kid rêve de créer un havre de paix pour les femmes marginalisées et rejetées par la société en raison de leurs différences.
À ses côtés, Ada apprend à monter à cheval, à tirer et à maîtriser l’art de se déguiser en homme pour piller des diligences ou voler du bétail. Mais le Kid veut aller plus loin et échafaude un plan qui pourrait bien leur être fatal. Ada est-elle prête à risquer sa vie pour un monde meilleur ?
Hors-la-loi dépoussière avec fracas le mythe du Far West et brosse le portrait d’une héroïne inoubliable, portée par une soif de vérité et de justice. »
Les héroïnes de ce roman sont des femmes rejetées par la société ou par leur famille à cause de leur infertilité, celles qui ont des tendances homosexuelles ou qui sont métisses, issues de couples mixtes.
Dès le début du livre, on mesure l’inculture et l’intolérance de la société patriarcale et puritaine de l’Amérique à la fin du XIXe siècle. Tout est prétexte à voir de la sorcellerie partout, à chercher un responsable dans tout phénomène inexpliqué, et on ressent tout de suite de l’empathie pour Ada, jeune fille qui seconde sa mère dans son travail de sage-femme, qui a soif de connaissance et de compréhension, puis jeune femme persécutée, car elle ne réussit pas à être enceinte.
Ces préoccupations féministes, l’aspiration à l’acceptation de soi, la nécessaire évolution due au progrès et aux recherches scientifiques sont’ à mon avis, le coeur du roman. Un roman qui va mettre en scène des femmes hors la loi, comme dans un western avec chevaux, shérifs, braquages, coups de feu… Tous les ingrédients y sont bien qu’utilisés par des femmes.
Le lecteur aurait pu se perdre dans une intrigue aussi complexe. Anna North en fait un récit rythmé, voire haletant, dans lequel la tension ne faiblit pas et maintient le lecteur attentif.
Une réussite, une belle découverte, un bon moment de lecture.
En voici quekques courts extraits :
p. 68 :
« … j’ai vu une femme être pendue parce qu’elle était stérile. Et si j’étais restée chez moi, avec ma famille, j’aurais subi le même sort. Imaginez que les gens comprennent un peu mieux le phénomène de la stérilité. Pensez à toutes ces femmes qui pourraient continuer à vivre. »
p. 166 :
« J’essayai d’imaginer ce qu’on ressentait quand on s’enfuyait de chez soi par choix et non par obligation ; le fait de pouvoir simplement choisir une autre vie. Cela dépassait mon entendement. »
p. 251 :
« Je savais également que l’on n’apprend jamais rien sans qu’on nous l’ait appris. »


Les Marins ne savent pas nager de Dominique Scali aux éditions La Peuplade
Voici le texte de quatrième de couverture :
« Danaé Berrubé-Portanguen dite Poussin possède le rare don de savoir nager. Orpheline, tour à tour sauveuse et naufrageuse, elle vit au milieu de l’Atlantique, sur l’île d’Ys, berceau d’un peuple obsédé par l’honneur et le courage. Une île où même les terriens se vantent d’être marins, où seuls les plus braves ont le privilège de vivre dans la cité fortifiée à l’abri des grandes marées d’équinoxe. Suivant le destin des riverains qui doivent se partager plages et marges, Danaé Poussin se soumettra aux cycles qui animent les mouvements de la mer comme à ceux qui régissent le cœur des hommes.
Les marins ne savent pas nager s’adresse à celles et ceux qui, un jour, se sont demandé si c’était la montée des eaux qui les faisait pleurer ou leurs larmes qui faisaient monter les eaux. Dominique Scali signe un roman d’aventures maritimes époustouflant campé dans un XVIIIe siècle alternatif salé par l’embrun et rempli de la cruauté du vent. »
Je cherchais un livre a emporter en vacances et j’ai été attirée par le titre et la couverture de ce roman de 700 pages, un livre étonnant et très différent de ce que je lis habituellement. Mais j’ai mis du temps à le lire malgré le fait que j’ai été fascinée et enchantée dès le début de ma lecture.
Au premier abord, j’ai considéré ce roman comme un roman d’aventures, une aventure située à Ys, non pas la célèbre île engloutie, mais une véritable île entre Terre-Neuve et Ouessant, une île si forte que ni les François ni les Anglois n’ont réussi à la conquérir.
Car, autre curiosité du roman, c’est le langage, un langage ancien et suranné où le cel qui est né dans la cité aura plus de chance que l’orphelin de l’anse des Échouements. Très vite on se familiarise avec un vocabulaire imagé et porteur de sens, dans cette société imaginaire du XVIIIe siècle. Imagés aussi, devrais-je dire itou pour être dans le ton, les noms des personnages comme Brunante Coquerane, Alizée Quintal, Artimon Phélan, Nuala Parcoeur…
Dans la cité d’Ys, on est issois et on se comporte en Issois ; sur l’île, on s’ametolote, on exploite les naufrages voire on les provoque, on navigue, on pêche la morue et on la sale, on pilote et on construit des bateaux.
Ce roman-fleuve écrit en cinq parties, Le duelliste, Le prince voleur, Le prince joueur, Le prince nageur, Le bâtisseur, met en scène, et vous l’aurez compris, cinq personnages masculins liés à Danaé Poussin, cette femme qui sait nager, présente tout au long de ces aventures. Mais le véritable personnage principal c’est la mer, imprévisible et indomptable, qui régule toute la vie des nombreux personnages qui peuplent ce récit. Et on ne peut que s’intéresser à tous ces personnages, à leur histoire, à leurs joies, mais aussi à leur souffrance, leur souhait d’un monde meilleur et de meilleures conditions de vie ; car ce roman est aussi un roman de la lutte des classes au sein d’une société aux règles figées et aux fonctionnements corrompus où chaque personne rejetée essaie de se faire une place et de profiter au mieux de ce qu’elle pourra saisir. Dans ce roman, on trouve aussi un écho à nos problèmes sociétaux.
Alors bravo à l’autrice qui a su, avec talent, manier tous ces sujets pour en faire une fresque romanesque passionnante.
Alors, parce qu’il est difficile de restituer en quelques lignes l’esprit d’un livre, j’ai relevé pour vous quelques passages.
p. 104
Énoch Martel parle à Danaé de son compagnon matelot.
C’était un vrai marin. À terre, il se languissait. C’est pour ça qu’il ferraillait autant, pour se distraire. Les vrais marins, vous ne les possédez que lorsqu’ils sont revenus, mais ce n’est qu’en mer qu’ils vous aiment vraiment, quand ils s’ennuient de vous. À terre, il faut les secouer pour les sortir de leur torpeur d’escale, les regarder droit dans les yeux et leur dire : « Oui, c’est bien moi. Je ne suis plus un songe. Je te provoque. Je te veux vivant. » Je lui ai fait voir la beauté de l’escrime, il m’a fait voir la beauté de tant de choses.
p. 151
À Ys, les riverains étaient pêcheurs et la pêche était une activité collective. Celle des grands bancs était organisée par navire : l’ensemble de l’équipage se divisait la somme des revenus de la campagne. Tous partageaient les risques et les profits. La pêche côtière, quant à elle, était organisée par village. Les hommes ramenaient le poisson, les femmes le salaient. Personne ne demandait : « Il est à qui, c’te poisson-là ? »
p. 176
La honte plus puissante que la mort
Il fallait néanmoins user de répression une fois de temps en temps. C’est pourquoi il existait une peine capitale : l’exclusion. Les condamnés perdaient à tout jamais la possibilité d’entrer un jour dans la cité tant comme citoyen que comme invité. L’exécuteur leur imprimait la marque EX au fer rouge sur chacune des épaules pour s’assurer qu’on pût la reconnaître même en cas de mutilation d’un bras.
p. 520
De nos jours, nous ne considérons plus qu’il soit honteux d’avoir été secouru, surtout lorsqu’on s’est exposé au péril pour secourir autrui. Il n’y a plus de distinction entre aidants et aidés quand tous font partie de la même suite de salut, au même titre qu’on ne peut plus départager pilleur et pillé lorsque tout le monde s’entre-pille. La natation fait désormais partie de tous les programmes de l’Académie navale issoise.
p. 620
Ils vivaient de bateau en bateau, d’adieux au petit matin et de retrouvailles au crépuscule, séjournaient dans le Grand Port juste assez longtemps pour s’approvisionner, puis repartir au large. Une vie sans terre ou presque et pourtant dédiée aux atterrissages des autres.
Fleur de roche d’Ilaria Tuti aux éditions Stock
Voici le texte de présentation de l’éditeur :
« Les bombes larguées par les Autrichiens sifflent sur les cimes de la Carnie, dans le Frioul italien. Mille mètres plus bas, les femmes les entendent et prient pour que leurs hommes soient épargnés. Agata prie aussi. Elle qui a abandonné ses études pour s’occuper de son père malade, elle qui a une maison remplie de livres qu’elle n’a plus le temps de lire depuis que la Grande Guerre a fait d’elle « une porteuse » .
Chaque matin, à l’aube, Agata court vers les entrepôts militaires de la vallée, remplit sa hotte de vingt, trente, parfois quarante kilos de nourriture et de munitions et se lance à l’assaut de la montagne. Elle marche des heures dans la neige pour atteindre les lignes de front où sont retranchés les militaires qui tentent de repousser les assauts des Autrichiens. Un voyage épuisant et dangereux qu’elle entreprend avec ses amies du village.
Ensemble, les porteuses chantent pour se donner du courage, parlent pour couvrir le bruit des armes, et quand elles redescendent, leurs hottes sont vides mais leurs mains tiennent les brancards des blessés à soigner ou des morts à enterrer. Avec Fleur de Roche, Ilaria Tuti célèbre le courage, le sacrifice des femmes, et le rôle qu’elles ont joué – et qu’elles continuent de jouer – dans la guerre. Un extraordinaire récit de courage, d’amour et de résilience. »
J’ai découvert ce livre sur Net Galley et je remercie les éditions Stock de me l’avoir envoyé.
J’ai été bouleversée par ce très beau roman, dont le titre Fleur de roche désigne la fleur d’édelweiss, parle d’une histoire peu connue en France, celle de ces femmes italiennes qui sous les tirs ennemis et au péril de leur vie ont soutenu en 1915 lors de la première guerre mondiale les soldats italiens sur le front, sur les cimes de la Carnie dans le Frioul italien où ils faisaient face à l’armée austro-hongroise.
Très bien documenté – l’autrice détaille ses sources dans quelques pages en fin d’ouvrage – ce roman s’inspire de faits et de personnages réels. Seuls, Agata l’héroïne et Ismar le tireur d’élite autrichien sont des personnages fictifs.
Et tout au long de ce magnifique récit, on est tour à tour ému, révolté, captivé par l’aventure de ces femmes héroïques qui s’engagent avec détermination pour venir en aide à des soldats placés sous le commandement d’un officier irréprochable.
Pourtant, Agata va sauver un tireur d’élite ennemi et pour elle se pose la question : cet adversaire n’a-t-il pas lui aussi le droit d’être secouru ? Certes c’est un ennemi mais c’est avant tout un homme.
À aucun moment on ne tombe dans le sentimentalisme et tous les personnages sont décrits avec réalisme et pudeur. Un grand roman à lire absolument.
p. 49 :
« La respiration de la montagne souffle sur le chemin qui descend du centre du village et s’accompagne du pépiement des insectes nocturnes. Les parfums des prés et des pâtures en jachère embaument l’air. Un meuglement paresseux fait vibrer le calme avant de s’éteindre ; même les étables se préparent à dormir. Les rues sont désertes, les volets des maisons déjà fermés. Les bruissements de la fontaine pourraient guider mes pas dans l’obscurité. »
p. 63 :
« Je frotte des habits de morts. Ceux qui nous les ont laissés n’avaient pas de blessures capables de faire dégorger tout ce rouge sur la vallée. Une fois encore, il ne faut rien gâcher, et pour l’heure le sang imprègne la trame la plus profonde, pénètre dans les recoins comme une épidémie, avec cette nuance de rose si particulière qui n’évoque pas l’aube ou des pétales de fleurs, mais les viscères d’un corps abandonné sur le champ de bataille, l’espérance arrachée. »

Les dernières volontés de Heather McFerguson, de Sylvie Wojjcik aux éditions Arléa
Voici la présentation de l’éditeur :
«Un jour, Aloïs, libraire à Paris, reçoit la lettre d’un notaire d’Inverness lui annonçant qu’une inconnue, Heather McFerguson, lui lègue sa maison dans le village d’Applecross. Qui est cette femme, dont Aloïs n’a jamais entendu parler et surtout pourquoi fait-elle de lui son héritier universel ? Après avoir hésité, il accepte et se rend en Écosse pour essayer d’élucider ce mystère. Là-bas, dans ces paysages faits d’eau, de pierres et de lumière, il ressent ce sentiment si étrange d’avoir trouvé sa place. Tout, absolument tout l’attire dans ce pays inconnu. Il y rencontrera des personnes qui, avec leur part d’ombre et de lumière, l’aideront, chacune à sa manière, à comprendre la raison de sa présence. Commence alors pour Aloïs un long chemin de questionnements où, peu à peu, se dessinera une part de son histoire familiale. Il sera question de hasard, d’audace et de renoncement, de choix, de promesses tenues ou non, de silence et de secrets. Les paysages d’Écosse, omniprésents, grandioses et purs, qui gardent la trace de ceux qui passent et veillent sur eux, dévoileront la fuite, le déchirement entre passion et raison, fidélité et abandon.
Sylvie Wojcik vit à Strasbourg. Elle a publié Les Narcisses blancs aux éditions Arléa en 2021. »
Merci aux éditions Artéa de m’avoir envoyé ce court roman que j’ai bien aimé, un roman léger, bien écrit et dont les personnages sont attachants.
C’est également un hommage aux livres puisque le héros est libraire et aussi parce que l’intrigue se construit autour d’un livre, Le Seigneur des anneaux dont le succès n’est plus à démontrer et qui joue un rôle important dans cette histoire.
J’ai eu du plaisir à voir l’Écosse au travers des yeux d’Aloïs qui en découvre les landes sauvages, la mer et le vent qui balaie les côtes découpées. On y fait la connaissance de personnages hauts en couleur comme Jim qui a renoncé à sa fortune pour vivre comme un paysan sur sa presqu’île et comme Stuart, le vieil homme qui connaît une partie de son histoire enfouie dans les méandres de sa mémoire devenue confuse.
On y aborde les thèmes de l’amour, l’amour filial, mais aussi celui d’une femme qui va s’effacer pour laisser vivre l’homme qu’elle aime, et du silence et des secrets, secrets pour protéger ceux qu’on aime.
Un beau texte délicat et sensible, un très joli roman qui fait du bien.
Et pour terminer, voici un extrait de la page 42 :
« Malgré l’épaisseur de ses vêtements, Aloïs sent le livre contre lui comme s’il touchait sa peau. Ce livre auquel son père tenait tant. Aloïs se souvient encore avec quelle délicatesse son père dépliait la carte de papier glacé, du bout des doigts, et restait longtemps à la regarder. Il se souvient comment il tournait les pages du livre après avoir lentement humecté son index. C’était le livre de son père. C’était aussi le seul lien qui ait jamais existé entre eux. Le père et le fils se parlaient peu. Toutefois, si Étienne a partagé une chose avec son fils, c’est bien cette épopée fantastique. Il était intarissable sur l’histoire de la Terre du Milieu, les Hobbits ou les cavaliers du Rohan. Ces légendes étaient sa passion, il les racontait avec force et Aloïs, dès son plus jeune âge, vivait ces récits. »


