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Lectures in the Mood #24

7 décembre 2023

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.


 Au Sommaire :
Au sommaire de cette émission du 7 décembre 2023.
Les silences des pères, de Rachid Benzine aux éditions du Seuil
 
Perpective(s), de Laurent Binet aux éditions Grasset
 
La dernière place, de Négar Djavadi aux éditions Stock
 
Une vie à compte d’auteur, de Jack Narval aux éditions MaeloH
 
Les naufragés du Wager, de David Grann aux éditions du sous-sol
 

Les silences des pères, de Rachid Benzine aux éditions du Seuil.

Voici ce qu’on peut lire en quatrième de couverture :

« Un fils apprend au téléphone le décès de son père. Ils s’étaient éloignés : un malentendu, des drames puis des non-dits, et la distance désormais infranchissable. Maintenant que l’absence a remplacé le silence, le fils revient à Trappes, le quartier de son enfance, pour veiller avec ses soeurs la dépouille du défunt et trier ses affaires. Tandis qu’il débarrasse l’appartement, il découvre une enveloppe épaisse contenant quantité de cassettes audio, chacune datée et portant un nom de lieu.
Il en écoute une et entend la voix de son père qui s’adresse à son propre père resté au Maroc. Il y raconte sa vie en France, année après année. Notre narrateur décide alors de partir sur les traces de ce taiseux dont la voix semble comme resurgir du passé. Le nord de la France, les mines de charbon des Trente Glorieuses, les usines d’Aubervilliers et de Besançon, les maraîchages et les camps de harkis en Camargue : le fils entend l’histoire de son père et le sens de ses silences.

Rachid Benzine est enseignant et chercheur, auteur de nombreux essais dont l’un en dialogue avec Delphine Horvilleur, Des mille et une façon d’être juif ou musulman (Seuil). Sa pièce Lettre à Nour a été mise en scène avec succès dans plusieurs pays. Après Ainsi parlait ma mère, Dans les yeux du ciel et Voyage au bout de l’enfance, il signe avec Les silences des pères un roman bouleversant et lumineux. Un road trip de la mémoire. »

Pianiste de renom, suite à l’appel téléphonique de sa sœur, le narrateur apprend la mort de son père et doit se rendre à Trappes, la ville de son enfance et se charger de la préparation des obsèques de son père, un homme mutique qu’il ne voyait plus depuis longtemps. La découverte fortuite de cassettes et d’un magnétophone va bouleverser la façon dont il avait perçu son père.

Voilà un récit pudique, sensible, parfois bouleversant, écrit d’une plume légère et vivante. Ce texte montre bien la difficulté à communiquer entre père et fils, le rôle de la mère qui comprenait son mari et parlait pour lui. À sa lecture, on comprend que, pour cette génération d’immigrés arrivés en France dans les années soixante, l’arrachement à la terre natale est une souffrance de chaque instant et que l’espoir sera pour les générations futures, preuve en est la réussite de ce fils qui avait rejeté son père.

Ce très beau roman met également en scène le monde ouvrier des Trente glorieuses, les luttes sociales, les difficultés à s’insérer dans un monde en mutation.

Une belle lecture, riche, dense et délicate.

En voici un extrait de la page 63 :

« Et tu sais pourquoi les jeunes ils ne connaissent plus ces histoires ? Parce que les vieux comme ton père ils ont voulu que toutes les souffrances, tout ce qu’ils ont subi, s’arrêtent avec eux. Ils voulaient vous en préserver. Pour que vous soyez libre de réussir votre vie, sans rancœur, sans amertume. Parce que même s’ils n’ont vécu qu’une existence très modeste, ils n’aspiraient pas à autre chose pour eux-mêmes. C’est pour vous qu’ils ont tous sacrifié. La réussite de leur exil ce n’est pas la leur, mais c’est celle de votre génération. Cette mémoire à transmettre, c’est pas pour nous mais pour les autres. Tous les autres. Tous ceux qui sont morts au fond. Tous ceux qui sont morts de la silicose. Tous ceux qui sont morts sur tous les chantiers, broyés, décapités, pulvérisés. Et aussi pour tous ceux qui ont simplement souffert d’avoir quitté leur famille. »

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Perspective(s), de Laurent Binet aux éditions Grasset.

Tout d’abord, merci à NetGalley et aux éditions Gresset de m’avoir permis d’accéder à ce livre.  En voici la présentation faite par l’éditeur :

« Florence, 1557. Le peintre Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques auxquelles il travaillait depuis onze ans. Un tableau a été maquillé. Un crime de lèse-majesté a été commis. Vasari, l’homme à tout faire du duc de Florence est chargé de l’enquête. Pour l’assister à distance, il se tourne vers le vieux Michel-Ange exilé à Rome.
La situation exige discrétion, loyauté, sensibilité artistique et sens politique. L’Europe est une poudrière. Cosimo de Médicis doit faire face aux convoitises de sa cousine Catherine, reine de France, alliée à son vieil ennemi, le républicain Piero Strozzi. Les couvents de la ville pullulent de nostalgiques de Savonarole tandis qu’à Rome, le pape condamne les nudités de la chapelle Sixtine.
Perspective(s) est un polar historique épistolaire. Du broyeur de couleurs à la reine de France en passant par les meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, chacun des correspondants joue sa carte. Tout le monde est suspect. »

Le peintre Pontormo est retrouvé mort devant la fresque qu’il élaborait sur la commande du duc de Florence, un Médicis. L’enquête sur ce meurtre est confiée à Giorgio Vasari, peintre, architecte, historien d’art. Suite à cela, un échange épistolaire va inciter plusieurs personnages, connus ou non, à échanger par lettres, colporter des rumeurs, comploter ; au gré des échanges épistolaires, on voit des amitiés se créer ou se défaire, des alliances voir le jour, des complots s’ébaucher.

Par sa forme, ce livre est d’une grande originalité. L’intrigue s’y construit peu à peu, les personnages se dévoilent progressivement.

Je me suis parfois un peu perdue, sans doute parce que j’ai lu un livre numérique – avec un livre papier, il aurait suffi de retourner quelques pages en arrière – mais il faut reconnaître que ce roman est très documenté et remarquablement bien construit. J’ai apprécié les mentions de la place du nu dans les peintures et de la condition des femmes, de la liberté de création freinée par le fait que les œuvres étaient souvent sous le regard de commanditaires, personnages publics influents et incontournables.

Et par-dessus tout, j’ai été intéressée par tout ce qui avait rapport avec l’art et, en particulier, avec la représentation en perspective qui, depuis les travaux d’Alberti, a été une préoccupation constante des peintres italiens de la Renaissance.

Et j’ai refermé le livre en me promettant de me replonger dans l’histoire de Florence et dans celle de l’Europe à la Renaissance !

Voici un extrait de la page 335, dans une lettre de Michel-Ange à Giorgio Vasari.

« C’est la perspective qui permet de voir l’infini, de le comprendre, de le sentir. La profondeur sur un plan coupant perpendiculairement l’axe du cône visuel, c’est l’infini qu’on peut toucher du doigt. La perspective, c’est l’infini à la portée de tout ce qui a des yeux. La perception sensible ne connaissait et ne pouvait connaître la notion d’infini, croyait-on. Eh bien, grâce aux peintres qui maîtrisent les effets d’optique, ce prodige a été rendu possible : on peut voir au-delà. »

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La dernière place, de Négar Djavadi aux éditions Stock

Voici la présentation proposée par l’éditeur :

« Le 8 janvier 2020, le vol 752 d’Ukraine International Airlines reliant Téhéran à Kiev s’écrase six minutes après le décollage, entraînant la mort des 176 passagers et membres d’équipage. Ce crash survient dans un contexte de tensions extrêmes entre l’Iran et les États-Unis, cinq jours après l’assassinat de Qassem Soleimani, chef de l’Unité Al Qods des Gardiens de la Révolution par l’armée américaine.
À travers l’histoire de sa cousine Niloufar Sadr, présente sur ce vol, ce récit relate cette catastrophe et les trois jours qui ont obligé le gouvernement iranien à avouer avoir abattu cet avion à l’aide de deux missiles sol-air. Devenue un traumatisme national, la chute du PS 752 constitue un des événements majeurs à l’origine du mouvement révolutionnaire qui s’est emparé de l’Iran à l’automne 2022. »

Cette catastrophe avait été annoncée à l’époque sur les chaînes de radio et de télévision. Mais, sans doute, ce dramatique fait-divers avait-il été éclipsé par l’actualité sanitaire due au déferlement de la pandémie de Covid19 ! Il a fallu la mort de Mahsa Amini il y a un peu plus d’un an pour que le peuple iranien descende dans la rue et que l’Occident regarde ce qui se passe en Iran. 

Ce livre est un véritable cri de révolte, un appel à la rébellion, celui de Negar Djavadi dont la cousine Niloufar a disparu dans ce crash. Niloufar retournait au Canada où elle vivait ; alors qu’elle devait partir trois jours avant, elle avait retardé son départ et avait réussi à obtenir une place sur ce vol. Et ce n’est pas la fatalité qui l’a atteinte puisque ce crash n’était pas un accident.

Par la suite, une enquête a été diligentée, mais des zones d’ombre subsistent, évoquées dans le livre. On comprend la douleur, mais aussi le sentiment d’impuissance et de révolte qui anime l’autrice. Et pourtant, elle reste très attachée à son pays, ce pays que, comme les autres membres de sa famille, elle a dû quitter, ce pays dirigé par des hommes pour qui la vie humaine ne compte pas, pour qui le peuple n’a rien à dire, ce pays dévasté sous les yeux des grandes puissances pour qui la seule préoccupation est le profit à tirer des ressources pétrolières.

Aujourd’hui, ce livre fait écho au conflit en Ukraine et au conflit israélo-palestinien.

Merci aux éditions Stock et à NetGalley de m’avoir permis de le lire. Une lecture édifiante, un message déchirant que je vous recommande.

Pour terminer, voici un extrait de la page 161 :

« Je me suis souvent demandé, sans doute avec beaucoup de naïveté, comment à l’heure du téléphone portable – tout à la fois caméra, projecteur et espace de diffusion – les politiques de là-bas comme ceux d’ici peuvent (osent ?) encore mentir. Comment n’ont-ils pas davantage pris conscience de ce pouvoir phénoménal acquis par les citoyens, non pas grâce à des avancées sociales et aux lois, mais à la technologie et sa démocratisation ? Comment, aveuglés par leur puissance, ou bien déconnectés du quotidien, ne réalisent-ils pas que les machines dont ils usent pour accroître la surveillance peuvent être utilisées contre eux avec la même efficacité ? […] Le régime iranien peut couper Internet pendant des jours ou en moduler le débit, cela ne change rien. Il n’agit que sur la diffusion et la propagation, pas sur l’enregistrement. La réalité a été captée, enregistrée, et peut circuler par n’importe quel autre moyen, n’importe quand. L’image existe. L’image comme pièce à conviction à partir de laquelle commence l’investigation. »

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Une vie à compte d’auteur, de Jack Narval aux éditions MaeloH

Je connais Jack Narval depuis que nous avons travaillé ensemble pour la publication de quelques-uns de ses précédents livres. J’ai ainsi pu apprécier son art du suspense, sa maîtrise de l’humour et son talent de nouvelliste. C’est donc avec plaisir que j’ai choisi de lire cette dernière publication.

Voici ce qu’on peut lire en quatrième de couverture :

« Qui n’a pas rêvé d’écrire?…

Moi, j’étais surtout obsédé par le désir d’être publié, de voir mon nom sur le devant d’une couverture. Alors, pour satisfaire mon obsession, je me révélais prêt à tous les sacrifices, jusqu’à transformer ma vie et celle des autres en cauchemar.

Dans ce roman, inspiré de ses vagabondages dans l’univers du livre, Jack Narval dévoile les péripéties d’un écrivaillon confronté aux démons de l’écriture.

Une intrigue satirique, sur l’art de gratter le papier avec sa plume pour vivre, ou tout du moins, exister.

Auteur made in Normandy, Jack Narval a nourri son imaginaire en dévorant les titres de la série noire, une couleur qui a naturellement imprégné sa propre envie d’écriture. Écrivain du réel, il puise dans sa connaissance des travers du monde pour donner à ses pages toutes leurs saveurs.

Romancier, nouvelliste, chroniqueur, organisateur de manifestations littéraires et de concours de nouvelles, il s’est longuement frotté aux mots et à leur âpreté. »

Voilà un livre léger et savoureux qui amène à suivre les péripéties d’un homme qui, pour se sentir exister, a besoin qu’on publie ce qu’il écrit : c’est pour lui la seule façon de se sentir vivre. Pour cela, il est prêt à tout essayer ; peu importe le sacrifice à faire, il ne recule devant rien et n’a pas conscience du ridicule de certaines situations dans lesquelles il va se mettre !

Le récit est émaillé de bons mots, les aventures sont souvent cocasses avec des rebondissements inattendus et à aucun moment on ne s’ennuie. Jusqu’où notre héros va-t-il aller ?

Et le dénouement de ce roman est digne des meilleures nouvelles et confirme le talent de Jack Narval qui, avec humour, égratigne au passage quelques acteurs de la filière du livre et de la société contemporaine.

Vous voulez passer un bon moment de lecture sans trop vous poser de questions ? Courez vite vous procurer cet ouvrage auquel je souhaite beaucoup de succès.

Et pour terminer mon propos, voici deux extraits ; tout d’abord, p. 29 :

« Tout autour de moi, sur des étagères, des bibliothèques, des dessertes, je vois des ouvrages de tout format, de tout âge. Le temps à amassé sur leur tranche d’infimes couches de poussière et on pourrait les croire morts. Mais à l’instant où mon regard et mon attention les effleurent, chacun de ces livres s’anime et réveille dans mon esprit un souvenir littéraire. L’un me souffle une tirade, un autre me dévoile un personnage, le suivant déploie toute une scène ou un paysage. Ainsi, les livres n’existent pas seulement sur les rayonnages, mais ils ont pris place dans ma chair, devenant partie intégrante de mon être. »

p. 62 

« Avec tendresse, je me remémore les dernières corrections apportées à ma nouvelle, les doutes qui m’assaillaient quant à la pertinence du choix du titre. Avec émotion, je me souviens de l’enveloppe glissée dans la bouche déplaisante d’une boîte aux lettres, puis de l’attente qui avait suivi. 

Ah ! Toutes ces heures passées en tête-à-tête avec mon écran d’ordinateur, l’esprit pris en étau entre des serre- livres, tous ces mots alignés sans fin, tout cela n’a donc pas été vain. Finalement, j’existe. »

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Les Naufragés du Wager, de David Grann aux éditions du sous-sol

Voici la présentation faite par l’éditeur :

« En 1740, le vaisseau de ligne de Sa Majesté le HMS Wager, deux cent cinquante officiers et hommes d’équipage à son bord, est envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du commodore Anson en mission secrète pour piller les cargaisons d’un galion de l’Empire espagnol. Après avoir franchi le cap Horn, le Wager fait naufrage. Une poignée de malheureux survit sur une île désolée au large de la Patagonie.
Le chaos et les morts s’empilant, et face à la quasi-absence de ressources vitales, aux conditions hostiles, certains se résolvent au cannibalisme, des mutineries éclatent, le capitaine commet un meurtre devant témoins. Trois groupes s’affrontent quant à la stratégie à adopter pour s’en échapper. Alors que tout le monde croyait que l’intégralité de l’équipage du Wager avait disparu, un premier groupe de vingt-neuf survivants réapparaît au Brésil deux cent quatre-vingt-trois jours après la catastrophe maritime.
Puis ce sont trois rescapés de plus qui atteignent le Brésil trois mois et demi plus tard. Mais une fois rentrés en terres anglicanes, commence alors une autre guerre, des récits cette fois, afin de sauver son honneur et sa vie face à l’Amirauté et au grand public.

Reconstitution captivante d’un monde disparu, Les Naufragés du Wager de David Grann est un formidable roman d’aventures et une réflexion saisissante sur le sens des récits.
Un grand livre par l’un des maîtres de la littérature du réel. »

Voilà un livre que je ne suis pas près d’oublier. Ce pourrait être un roman d’aventures, c’est la véritable histoire du Wager et des naufragés. Pour le lire, il faut prendre son temps, consulter les notes et les illustrations qui parsèment ce passionnant récit.

Dès le riche prologue, on a une vue d’ensemble sur le contenu de cet ouvrage d’une densité incomparable qui va conter le naufrage en 1741 au large de la Patagonie du Wager, le sort des survivants, leurs conflits, le retour des quelques rescapés et leur procès en vue de définir les torts et les responsabilités des uns et des autres.

J‘ai été vivement impressionnée par l’ampleur de la documentation étudiée par l’auteur et présentée dans une abondante bibliographie placée à la fin. David Grann est journaliste et, dans cet ouvrage, affirme son talent de chercheur qui s’appuie sur des sources fiables et précises.

Tout d’abord, dans une première partie, Le monde de bois, l’auteur présente le contexte du récit : la rivalité entre la Grande-Bretagne et l’Espagne pour conquérir le plus important empire colonial, les contraintes techniques, les hommes en charge du Wager. Dans la deuxième partie, Dans la tourmente, on assiste au naufrage du vaisseau. Naufragés, la troisième partie décrit la vie des rescapés, leur lutte pour survivre, leurs affrontements, les crimes commis. Après le retour des quelques survivants raconté dans Délivrance, on va assister au Jugement en cour martiale ; c’est également l’occasion de se poser des questions sur le bien-fondé des conquêtes coloniales et de leurs conséquences. Enfin, dans un court épilogue, l’auteur évoque les suites de cette aventure.

Vraiment, un formidable livre pour les amateurs d’Histoire et d’aventures humaines. Seul petit bémol, j’aurais trouvé plus facile de lire les notes si elles avaient été mises en bas de pages plutôt que regroupées à la fin.

Une merveilleuse lecture, un livre à s’offrir ou se faire offrir à Noël !

Et avant de vous quitter, quelques lignes de la page 141 :

« Même le timonier, en dépit de sa barre inopérante, resta à son poste, en affirmant qu’il serait indécent de déserter le Wager tant qu’il restait à flot. Et, étonnamment, ce navire tant décrié continua d’avancer. Perdant de l’eau comme on perd son sang, il poursuivit sa navigation dans le golfe des Peines, sans mât, sans gouvernail, sans capitaine sur la dunette. Les hommes l’encouragaient en silence. Son destin était le leur, et il lutta de toutes ses forces, avec panache, avec fierté, avec noblesse. 

Enfin, il s’écrasa dans un amas de rochers et finit par se déchiqueter. Les deux mâts restants s’abattirent et les hommes achevèrent de les couper avant qu’ils ne renversent complètement le bateau. Le beaupré se fendit en deux, les fenêtres éclatèrent, des gournables sautèrent, des planches volèrent en éclat, des cabines s’effondrèrent, des ponts s’affaissèrent. L’eau inonda les parties basses du navire, serpentant de compartiment en compartiment, envahissant les moindres recoins. Les rats en fuite remontèrent à l’air libre. Les hommes qui étaient trop malades pour quitter leur hamac se noyèrent avant que quiconque pût venir à leur rescousse. »

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