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Lectures in the Mood #26

8 février 2024

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.


 Au Sommaire :
Emission du 8 février 2024
1- La faim de l’histoire d’Aïtor Alfonso aux éditions Dargaud
 
2- Mon enfance tout feu tout flamme de Michel Douard aux éditions Eyrolles
 
3- Extrême paradis de Clovis Goux aux éditions Stock
 
4- Oser fuir, d’Arrigo Lessana aux éditions Exils
 
5- Les enfants du blizzard de Mélanie Benjamin aux éditions Albin Michel
 

La Faim de l’Histoire, une Histoire du Monde par la gastronomie, de Aïtor Alfonso édité par Dargaud::

En voici le texte de présentation :

« Manger avec Jésus et les Apôtres, manger au festival de Woodstock, dans les plantations de coton au temps de Scarlett O’Hara ou chez les Aztèques à Mexico à l’arrivée des Conquistadors… : c’est toute l’Histoire du monde qui défile dans notre assiette avec cet album aussi drôle que savant.
Ce prisme de la gastronomie permet d’aborder avec un point de vue extraordinaire la destinée de nos ancêtres, leurs pensées, leurs passions… Des périodes les plus tragiques aux siècles les plus glorieux, ce que l’on trouve sur la table de chacun raconte mieux que quiconque l’aventure de l’humanité.

Les dessins malicieux de Jul (Silex and the city, La Planète des sages… ) et les textes du critique culinaire Aïtor Alfonso vous donneront envie de passer à table grâce au plus grand banquet jamais organisé ! »

On m’a offert ce livre à Noël et je me suis régalée à le lire. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas une histoire, mais c’est une succession de chapitres que l’on déguste et savoure par petites bouchées !

Nous voilà dans le ton, celui de la faim et aussi de la gourmandise !

Dans ce recueil, 25 histoires, 25 étapes de l’Histoire et de celle de la façon dont les hommes se sont alimentés, leurs choix gustatifs, mais aussi leurs choix de vie, d’agriculture, d’économie, de politique…

On sourit déjà à lire les titres de tous ces chapitres, titres écrits avec humour comme Bêtes de Cène, Catering de Médicis, La grande mangeaille de Chine, Soviets de table…

Chaque chapitre est précédé d’une page de bande dessinée très appropriée… et très drôle. Très drôles également les illustrations insérées dans les textes.

Les nombreuses sources citées en fin d’ouvrage attestent des recherches historiques effectuées par l’auteur et contribuent à donner une caution de séreux à un livre drôle qu’on peut lire dans l’ordre que l’on a choisi et qui nous plonge dans un état jubilatoire !

Je ne résiste pas au plaisir de vous en lire un extrait du chapitre Le temps des queues de cerises, Manger à Paris sous le siège de 1870 et la Commune.

p. 74 :

« Les bouchers des beaux quartiers mettent le grappin sur les meilleurs morceaux. Edmond de Goncourt raconte qu’une trompe d’éléphant est accrochée chez Ross, le boucher anglais du boulevard Haussmann qui vend aussi des rognons de chameau. Et les grands restaurants se font une joie de cuisiner ces viandes de fantaisie, comme le très chic café Voisin,sis alors 261 rue Saint-Honoré. Son illustre chef, Alexandre Chiron, déroule, le soir du réveillon de Noël 1870, soit au 99e jour du siège, un menu au long cours hallucinant qui concurrence l’arche de Noé et comprend :

            Hors-d’œuvre : beurre, radis, tête d’âne farcie, sardines

            Potages : consommé d’éléphant

            Entrées : le chameau rôti à l’anglaise, le civet de kangouro 

            Côtes d’ours rôti sauce poivrade

            Rots : cuissot de loup, sauce chevreuil. Le chat flanqué de rats,

            la terrine d’antilope aux truffes. »

J’espère ne pas vous avoir rassasié, au moins de lectures !

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Mon enfance tout feu tout flamme par Michel Douard aux éditions Eyrolles

Il s’agit d’un des premiers volumes de la collection Romans d’Histoire pop’s des éditions Eyrolles. Cette collection a pour objectif de faire revivre des personnages historiques d’une façon vivante et humoristique tout en respectant la vérité historique.

Voici le texte de quatrième de couverture de cet ouvrage consacré à Jeanne d’Arc :

« Garder la maison et les moutons ? Beurk. Supporter un mari ? Jamais de la vie. S’aplatir devant les Anglais ? Même pas en rêve ! La petite Jeannette a des idées bien affirmées et les clame haut et fort ; à douze ans, elle en a déjà fait voir de toutes les couleurs à ses parents. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant… Une nuit, Jacques d’Arc rêve que sa fille s’enfuit avec des hommes en armes. Un songe prémonitoire ? Avec humour et intelligence, Michel Douard nous plonge dans les premières années de Jeanne d’Arc, une ado (presque) comme les autres. Comment a-t-elle pu, à dix-sept ans, lever une armée, commander des milliers d’hommes et remettre un roi sur son trône ? Une épopée incroyable que l’on redécouvre sous un angle flamboyant.

Michel Douard est auteur et rédacteur. Il a notamment publié à la Manufacture de livres, puis chez Pocket, le thriller Mourir est le verbe approprié. Il se consacre aujourd’hui à l’écriture de séries et de romans. »

J’ai d’abord été attirée par la très belle couverture et la tranche orangée d’un livre vraiment original. Certes, les événements cités sont conformes à la vérité historique, d’ailleurs l’auteur a pris le soin de rappeler en fin d’ouvrage les principaux faits et dates qui ont marqué la guerre de Cent Ans et le rôle de Jeanne d’Arc. Mais on ne lit pas ici un livre d’histoire, mais un récit impertinent et décapant !

Le narrateur en est Gautier le Puant, « rapport au fumet de gueux qu’il laisse flotter derrière lui » qui a ici un rôle d’observateur et de chroniqueur. On suit avec amusement les péripéties qui jalonnent l’enfance puis l’adolescence de Jeannette, une gamine espiègle, irrespectueuse, mais déterminée. Le texte est un texte d’aujourd’hui, les personnages s’expriment comme les gens d’aujourd’hui. Peut-être sont-ils parfois un peu vulgaires, car le langage est souvent familier.

En lisant ce roman, j’ai retrouvé l’humour des textes de Jean Teulé qui, d’ailleurs, a décrit la bataille d’Azincourt dont on parle dans ce roman, dans son livre  Azincourt par temps de pluie paru il y a quelque temps.

Vraiment, un livre pour sourire et qui pourra amener à l’Histoire ceux auxquels ce mot fait peur !

Pour vous donner une idée du style, en voici deux passages.

p. 63

« Après un bon début de bataille, très tonique, offensif même, le manque d’organisation de la chevalerie française va vite laisser le champ libre à ses adversaires qui réalisent alors un sans-faute. Archers anglais très précis, respect des consignes et jeu collectif : c’est une boucherie pour les partisans de Charles VII. Des ruisseaux de sang dans la plaine. Encore sept mille chevaliers par terre et d’autres qui, dans leur retraite paniquée, coulent à pic au fond des douves ; le port d’une armure étant peu compatible avec la natation.

Robert de Baudricourt en pleurerait de rage. Un peu à l’écart du champ de bataille où l’on égorge des survivants, sachant que Jean II d’Alençon ne doit sa survie qu’à son sang royal et qu’il est déjà prisonnier, Robert opère un demi-tour complet. Allez, cap à l’est, inutile d’en reprendre plein la quiche pour pas un sou. Direction la maison. Retour à Vaucouleurs sans tambour ni trompette. »

p. 142-143

Jeannette est ressortie du château de Vaucouleurs bouillonnante de rage. Heureusement, au sortir de cet humiliant second rendez-vous, elle a pu compter sur le réconfort de la voix de Sainte-Marguerite : « Ne t’inquiète pas, la troisième sera la bonne ».

Ce matin, tandis qu’elle coud en compagnie de son hôtesse, Catherine Le Royer, Jeannette évoque sa déception de ne pas être entendue par les puissants, et l’éventualité de partir pour Chinon à pied, quitte à ‘user les jambes jusqu’aux genoux.

Catherine lui sourit avec tendresse. 

— Jeannette, tu es pucelle, mais plus impatiente qu’une femme enceinte.

— C’est que j’ai le feu sacré, Catherine, le feu sacré !

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Extrême paradis de Clovis Goux aux éditions Stock

Voici la présentation de l’éditeur :

« Dans un avenir imminent, la Floride a fait sécession avec les États-Unis afin de fonder une fédération de communautés privées réservées aux seuls retraités : Les Villages. Dans ce luxueux paradis artificiel conçu par et pour les seniors, la mort, le crime et la jeunesse ont été éradiqués au profit du divertissement. L’étrange décès d’un résident français vient cependant bouleverser l’équilibre instauré.
Accident ? Meurtre ? Suicide ? Précipité dans l’univers outrancier des Villages-Unis de Floride, le fils du défunt part sur les inquiétants chemins qui ont mené son père à sa perte. En fouillant dans le passé, ce journaliste déboussolé par le deuil réveillera les vieux démons de la région. En cherchant la vérité, il basculera dans l’envers du décor. Alors les Villages dévoileront leur vrai visage. »

Merci aux éditions Stock et à NetGalley de m’avoir permis d’accéder à ce livre. Je lis assez rarement des romans d’anticipation ; il y a quelques mois, je vous présentais Chien 51 de Laurent Gaudé qui, lui aussi, brosse un tableau assez effrayant d’une société future.

Dans ce roman, pas de classes sociales en rivalité, mais une classe d’âge, celle des seniors, prête à détruire l’autre, celle des jeunes et des actifs ; on nous dépeint un monde violent sous des images angéliques, un monde sans scrupule… et pourtant sans avenir.

Au fil de la lecture, la violence augmente en intensité et elle rappelle les crimes commis aux USA au temps de la ségrégation raciale et avec le Ku Klux Klan.

Heureusement, le livre comporte aussi des éléments de douceur et de poésie, par exemple lorsque le fils se rappelle les moments de tendresse ou de complicité partagées avec son père, ce père que, finalement, il a peu connu et qu’il cherche aujourd’hui à comprendre.

Un livre fort, bien écrit et bien construit, une œuvre à découvrir.

Extrait p. 102 :

« Pour ses grandes soeurs, Didier était toujours resté une énigme, un petit frère introverti, en colère contre ses parents, contre leur morale, contre leur discipline, un adolescent mutique en société, un adulte résigné face à la place qu’on lui avait assignée, un homme verrouillé par la fatalité, écrasé par la banalité de la vie, par notre impuissance à changer l’ordre des choses, à rendre le monde un peu moins laid. Un soir, alors que l’on se promenait rue de Rivoli pendant les fêtes de fin d’année au milieu des Parisiens pleins de sacs à la main, sous les illuminations, face aux vitrines décorées, il murmura : « Quelle tristesse », avant de m’entraîner loin de là. »

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Oser fuir, d’Arrigo Lessana aux éditions Exils

Voici ce qu’en dit l’éditeur :

« Ce roman est le récit d’une quête, un voyage à la recherche d’un grand souvenir : l’ascension d’une montagne, l’Argentera par la voie Sigismondi, dans le Mercantour, là où les loups italiens passent la frontière pour devenir français. Ferdinand l’avait grimpée dans sa jeunesse. Ce périple nostalgique le mène à rencontrer de grands alpinistes, des guides de haute montagne, des montagnards amateurs ; tous partagent de façon différente ce goût étrange pour l’altitude ; et puis cette femme, qu’il croit reconnaître.
Il retrouve un homme qui, en 1942, avait ramené chez eux de jeunes conscrits italiens rescapés de la bataille de Stalingrad. Son aïeul aussi, lors de la retraite napoléonienne de Russie, avait traversé l’Ukraine jusqu’au Mercantour pour ramener à la maison les enfants du pays. Comme le lui dit Bernard, un ami coureur de glaciers : « Il y a un territoire pour les fuyards ; ainsi le fuyard n’est plus un paria ». »

L’auteur, qui fut chirurgien du coeur, a écrit plusieurs livres en rapport avec la montagne. C’est d’ailleurs pour ce sujet que j’ai demandé à recevoir ce livre et je remercie Babelio et les éditions Exils de me l’avoir envoyé.

J’ai eu du plaisir à lire ce court roman dans lequel le personnage principal est la montagne. Pour avoir, il y a plusieurs décennies, pratiqué la randonnée en haute montagne, je suis consciente de la fascination que peut représenter l’ascension d’un sommet. Et du bonheur ressenti après l’effort lorsque l’on arrive au sommet, dans un lieu vierge de toute présence humaine. Je me souviens de bivouacs sur un névé immaculé avec pour seuls visiteurs les choucas…

Car ce roman est aussi celui de la nostalgie, celle des épreuves vécues pour vaincre l’ascension, mais aussi celle des merveilleuses rencontres – parfois inattendues – et celle des partages. C’est aussi un hymne à des personnages hors du commun, qui ont su résister ou se dépasser. C’est aussi un hommage à tous ces hommes qui, de gré ou de force, ont dû marcher dans ces montagnes dans des conditions difficiles ou ont dû les franchir pour aller combattre, entraînés par la folie d’autres hommes, plus puissants qu’eux. Enfin, c’est une ode à la nature sauvage, aux animaux qui la peuplent, en particulier le loup.

Un beau petit roman, parfois un peu déroutant dans sa structure, illustré de quelques croquis, et qui permet de s’évader et de rêver.

En voici deux courts extraits.

p. 27 :

« On a besoin d’être calme en montagne, me dit Aldo. Il ne faut renoncer à rien, surtout pas au plaisir d’être là, même si tu as froid. Même la fatigue, il faut profiter du plaisir qu’elle te donne. »

p. 77, un éclairage sur le titre du livre :

« Ce sont les alpini qui comptent, pour Aldo et les montagnards. Ceux-là savent comment déguerpir. On dit fuir, quand les conditions n’y sont plus et qu’il faut se tirer, vite fait. Et fuir, ce verbe du vocabulario, comme le dit Aldo, prend alors une belle dimension : battre en retraite, décider, s’affairer, installer un rappel, ou non, rester concentré, descendre sans rien précipiter, chercher le plancher des vaches… filer à l’anglaise. »

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Les Enfants du blizzard de Mélanie Benjamin aux éditions Albin Michel

Voici le texte de quatrième de couverture :

« Au matin du 12 janvier 1888, un redoux inattendu s’installe dans les plaines hostiles du Dakota. Les fermiers sortent enfin de chez eux et les enfants regagnent l’école sans leurs lourds manteaux d’hiver. Mais à l’heure de la sortie des classes, un blizzard aussi fulgurant que terrifiant s’abat sur la région.
Raina et Gerda Olsen, deux soeurs institutrices de 16 et 17 ans, sont alors confrontées à un dilemme : garder leurs élèves au risque qu’ils meurent de froid, une fois le bois de chauffe épuisé, ou les renvoyer chez eux en priant pour qu’ils survivent. Tandis que les éléments se déchaînent, les deux jeunes filles, seules et livrées à elles-mêmes, se retrouvent au coeur d’un véritable cauchemar. Parviendront-elles à sauver les enfants ?

Dévoilant un épisode méconnu de l’histoire américaine, Melanie Benjamin nous entraîne dans un suspense déchirant, une magnifique histoire de courage et d’abnégation. »

Tout d’abord, je remercie vivement les éditions Albin Michel de m’avoir envoyé ce roman que j’ai lu très vite, avec un grand intérêt et que j’apprécie énormément.

Roman, oui, mais inspiré d’une histoire vraie, celle du blizzard de 1888, et dans un cadre réel. L’action se situe dans ces états de l’Ouest américain dans lesquels on a attiré – à coup de messages erronés (on dirait aujourd’hui de l’intox) – des immigrants venus de l’Europe du nord pour cultiver et peupler les grandes plaines encore sauvages. Là, ces déracinés ont dû s’acclimater dans tous les sens du terme. L’école étant obligatoire, les institutrices étaient de très jeunes filles alors à peine sortie de l’enfance et qui ont dû faire face à une situation bien trop dure pour elles. Cela met bien en évidence la place des femmes dans la société de l’époque et annonce les batailles qu’elles vont devoir mener pour être reconnues.

Les personnages du livre sont inventés, mais ils auraient pu exister et sont très vraisemblables.

Dans la première partie du roman, on vit le blizzard tel que le vivent les différents personnages. On s’y croirait, car la plume de l’auteur est descriptive et le récit très vivant. La tension monte progressivement, on est presque dans un film, on veut savoir ce qui va arriver : vont-ils s’en sortir ? Le suspense est permanent.

La deuxième partie, moins addictive, raconte ce qui s’est passé après la catastrophe, les conséquences sur les vivants, la façon dont ils vont essayer de surmonter ce traumatisme effrayant.

Et tout au long du livre, parallèlement à la description des événements, on voit l’évolution des différents personnages, la transformation que cela a provoquée en eux.

À la fin du livre, de la page 387 à la page 394, l’autrice explique sa démarche, ses recherches, ses sources.

Un livre magnifique, un véritable coup de coeur et sûrement une de mes meilleures lectures de ces derniers mois. Ne le manquez surtout pas !

En voici quelques extraits.

p. 133 ; Anette est perdue dans la plaine en voulant partir vers la ferme où elle vit.

« Elle resta un moment le bras en l’air, prête à frapper. Elle aurait aimé avoir quelque chose, quelqu’un à bourrer de coups. Elle hurla à pleins poumons, un long cri perçant qui se termina en geignement enroué. Elle haleta, c’était trop dur de respirer dans ce froid polaire, et pourtant de nouveau elle laissa libre cours à sa rage, une rage qui vint se heurter contre celle du ciel, sans le moindre effet. Elle était trop petite, trop insignifiante. Personne ne l’entendait. Personne ne s’en souciait.

Tombant à genoux, elle pleura à gros sanglots. Et trembla, se consuma de colère, se ratatina de peur, et elle sut qu’elle allait mourir là et que personne ne s’en inquiétait.

Prendrait-on la peine d’avertir sa mère ? Viendrait-elle chercher son corps ?  »

p. 158 ; Raina veut guider les enfants vers un refuge.

« Elle marcha, et derrière cela suivit. Encore un pas, encore un. Quelqu’un tomba au milieu, il y eut des cris confus, puis il ou elle se releva tant bien que mal et la chaîne humaine reprit sa progression, en avant, en avant, toujours en avant.

Pour combien de temps ? Combien de temps encore allait-il le supporter ? »


p. 228 ; Raina réfléchit à ce qu’elle est devenue après cette épreuve.

« Raina avait grandi, ce matin-là. Elle avait grandi, était sortie de l’enfance, des incertitudes, des idées fantasques, de ce romantisme idiot. Elle sentait qu’elle se tenait plus droite, que ses muscles s’étaient endurcis, qu’elle avait un goût amer dans la bouche. La vie dans toute sa beauté et sa tragédie c’était à cela qu’elle venait de goûter. Elle connaîtrait peut-être un jour l’amour à nouveau, la douceur, l’espoir, le bonheur. Mais elle ne connaîtrait plus jamais un monde où maman et papa avaient le pouvoir de tout arranger. »

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