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Lectures in the Mood #030

13 juin 2024

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.


 Au Sommaire :
Emission du 13 juin 2024 :
La vie n’est pas un roman de Susan Cooper de Stéphane Carlier aux éditions Le Cherche Midi
 
Nous n’étions pas des tendres de Sylvie Garcia aux éditions l’Iconoclaste
 
Reine de Pauline Guéna aux éditions Denoël
 
Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre de Delphine Horvileur aux éditions Grasset
 
Un espoir à l’autre bout du monde de Sarah Lark aux éditions L’Archipel
 
Passage de l’Odéon de Laure Murat, publié dans la collection L’Imaginaire Gallimard
 

Sandrine de la librairie de Gien a choisi pour vous :

La vie n’est pas un roman de Susan Cooper de Stéphane Carlier, Le Cherche Midi

Ce qu’en dit l’éditeur :

Susan Cooper, romancière britannique établie à Paris, écrit des polars lus dans le monde entier. Alors qu’elle s’apprête à se rendre au Salon du livre de Monaco, une jeune femme qu’elle ne connaît pas la contacte via Instagram et lui annonce qu’elle a tué un homme quelques heures plus tôt. Que répondre à cet étrange message ? D’ailleurs, faut-il y répondre ? Le plus sage serait sans doute de l’ignorer. Mais, c’est bien connu, les écrivains sont par nature des gens curieux… 

L’avis de Sandrine :

« Ce roman, souriant, est un savant cocktail, de roman policier, de comédie anglaise.

On y part bille en tête, on s’y perd, on sourit, on s’interroge.

L’auteur joue avec les codes, avec ses personnages, avec nous.

Il nous embarque, dans une vie d’écrivain, dans une lecture distrayante et savoureuse,

Comme dans son précédent roman, coup de cœur lui aussi, Clara lit Proust. »

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Sandrine de la librairie de Gien a choisi pour vous :

Nous n’étions pas des tendres de Sylvie Garcia aux éditions l’Iconoclaste

Présentation faite par l’éditeur :

Il faut une vie pour être libre.
Le temps d’un été, Hélène revient s’occuper de son père. Chaque année, une laisse invisible la ramène au pays, dans ce coin perdu qui lui a donné son accent un peu rauque.
Hélène s’est construit une autre vie à Paris, une vie réussie comme on dit, mais dans la maison du lac elle redevient une petite fille obéissante. Rien n’a changé au village, ni les gens, ni cette pesanteur qui vous colle à la peau. Hélène n’est dupe de rien ni de personne, c’est une marque de fabrique chez elle.
Pourtant, cet été, tout se défait. Son frère veut vendre la maison, son père va mourir. Sur le marché, son regard croise celui d’un ancien amant. Leurs corps se retrouvent. Et cet amour d’automne a pour tous les deux le goût de la liberté. 

L’avis de Sandrine :

« Un roman doux et tendre qui dit l’attachement à une maison, à un père.

Mais aussi la fin d’une part d’enfance et l’envie de liberté.

Le temps d’un été qui sera celui des choix, de la libération.

Sans effusion, avec pudeur l’autrice dresse un beau portrait de femme. »

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Sandrine de la librairie de Gien a choisi pour vous :

Reine de Pauline Guéna aux éditions Denoël

Ce qu’en dit l’éditeur :

« Il se réveille en sursaut. Les cris et les rires des enfants ne sont pas ceux de l’école du village, mais c’est bien l’odeur sèche du béton et celle, suffocante, de la tôle chauffée à blanc qui ont mêlé dans sa sueur et dans la crasse les années et les lieux. Il se redresse, sa prise sur l’arme resserrée, aux aguets. Les enfants se sont tus. Comme les oiseaux. »
Marco est tueur à gages. C’est un professionnel fiable et efficace qui a toujours honoré ses contrats. Jusqu’à ce jour d’été où Marco va tuer par amour. Sa cavale commence. À ses trousses, le milieu, la police et un jeune journaliste en quête de gloire. Devant lui, rien d’autre que l’été qui n’en finit pas, et la femme qu’il aime.

L’avis de Sandrine :

« Un roman noir, d’amour et de sang.

Un roman à fleur d’émotions sur les pas d’un homme amoureux, d’un jeune idéaliste et d’une femme mystérieuse.Un roman que j’ai dévoré, qui m’a embarquée, sombre et lumineux à la fois. »

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Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre de Delphine Horvileur aux éditions Grasset

Voici la présentation faite par l’éditeur :

Fracassée comme tant d’autres après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, l’auteur voit son monde s’effondrer. Elle dont la mission consiste à porter la souffrance des autres sur ses épaules et à la soulager par ses mots, se trouve soudain en état de sidération, impuissante et aphasique. Dans la fièvre, elle écrit alors ce petit traité de survie, comme une tranche d’auto-analyse qui la fait revenir sur ses fondements existentiels. Le texte est composé de dix conversations réelles ou imaginaires : conversation avec ma douleur, conversation avec mes grands-parents, conversation avec la paranoïa juive, conversation avec Claude François, conversation avec les antiracistes, conversation avec Rose, conversation avec mes enfants, conversation avec ceux qui me font du bien, conversation avec Israël, conversation avec le Messie. Ce livre entre en résonnance avec Vivre avec nos morts (puisqu’il s’agit ici, a contrario, de l’angoisse de mourir avec les vivants), avec Réflexions sur la question antisémite (puisque c’est le pendant personnel, intime et douloureux à l’essai plus intellectuel et réflexif) et à Il n’y a pas de Ajar (puisque la musique, le ton, la manière des dialogues oraux font écho à ceux du monologue théâtral). Comme toujours avec l’auteur, le va et vient entre l’intime et l’universel, entre l’exégèse des textes sacrés et l’analyse de la société actuelle, entre la gravité du propos et l’humour comme politesse du désespoir, parvient à transformer le déchirement en réparation, l’inconfort en force, l’inquiétude en réassurance et le doute en savoir.

L’avis de Stéphanie de Aladin presse à Saint-Denis-en-Val :

« Depuis de nombreuses années, Delphine Horvilleur a naturellement pris une place de médiatrice dans le dialogue inter-religieux. Et le traumatisme du 7 octobre, pour cette femme rabbin qui a l’habitude de ne pas convenir à tout le monde, même parmi les Juifs puisque tous ne reconnaissent pas une femme rabbin, a créé l’urgence de faire naître ces conversations. Comme toujours dans ses textes, ces conversations sont éclairantes, documentées, bourrées d’humour… juif, bien entendu. Et terriblement poignantes, car l’autrice n’a de cesse de le répéter : elle peut dialoguer avec tout le monde tant qu’on ne lui retire pas le droit d’exister. Et ce terrible postulat est à l’origine d’un nouveau livre non anticipé et cependant follement littéraire, imaginatif, aux horizons grands et larges. Une forme de guidage, d’où que l’on croie. »

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Un espoir à l’autre bout du monde de Sarah Lark aux éditions L’Archipel

Voici le résumé de l’éditeur :

Juillet 1944. Lorsque Helena apprend que la Nouvelle-Zélande est prête à accueillir des orphelins venant d’Europe, elle espère faire partie des heureux élus. Rêve de courte durée quand on l’informe qu’à 17 ans elle est trop âgée…
À la suite d’un imbroglio, Helena réussit pourtant à prendre place à bord d’un navire en partance pour le pays du nuage blanc. Mais c’est une jeune femme dévastée qui débarque à Wellington.
Au même moment, James McKenzie s’apprête à quitter Kiward Station, la ferme dirigée un siècle plus tôt par son aïeule venue d’Angleterre. Contre la volonté de ses parents, le jeune aviateur tient à se battre sur le Vieux Continent pour ses idéaux de liberté.
C’est alors que les chemins de James et d’Helena se croisent.
Le destin leur réserverait-il un avenir commun ?
Avec ce roman, Sarah Lark clôt avec brio sa saga débutée avec Le Pays du nuage blanc, son best-seller international.

Ce que j’en pense :

« Voilà je trouve un livre idéal pour les vacances !
Même si le décor est historique, je classerais ce roman dans les romances.
L’originalité de ce récit est le contexte historique : la déportation en 1940 des Polonais de l’est de la Pologne par les Soviétiques vers la Sibérie puis, après la rupture du pacte germano-soviétique, le départ de prisonniers de Sibérie vers l’Iran puis celui d’orphelins polonais vers la Nouvelle Zélande.
J’ai trouvé sur Internet plusieurs sites assez bien documentés sur le sujet.
L’autrice a veillé à respecter la réalité historique ; les coutumes et meurs de l’époque dans les sociétés décrites sont également très cohérentes.
Cette histoire sentimentale (qui finit bien !) est agréable à lire, sans réelle surprise.
mais on passe un bon moment !
Merci à NetGalley et aux éditions L’Archipel de m’avoir permis de le lire. »

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Passage de l’Odéon de Laure Murat, publié dans la collection L’Imaginaire Gallimard.

Voici la présentation de l’éditeur :

En 1915, Adrienne Monnier inaugure au 7, rue de l’Odéon, une librairie-bibliothèque de prêt d’un genre nouveau, La Maison des Amis des Livres, appelée à devenir le rendez-vous favori du Tout-Paris littéraire, d’Aragon à Walter Benjamin, d’André Gide à Nathalie Sarraute. En 1921, Sylvia Beach installe en face, au n° 12, une boutique fondée deux ans plus tôt sur le même modèle, Shakespeare and Company, dont les habitués ont pour noms Gertrude Stein, Francis Scott Fitzgerald, Marianne Moore, Ernest Hemingway, Djuna Barnes… De rencontres en lectures publiques, d’expositions en soirées musicales, l’« Odéonie » va constituer l’un des foyers les plus actifs de la vie culturelle de l’entre-deux-guerres, dont la renommée franchira les frontières de la France avec la publication de Ulysse de James Joyce, édité en 1922 par les soins de Sylvia Beach, puis traduit et publié en français en 1929 grâce à Adrienne Monnier. Laure Murat évoque avec brio ce lieu mythique où, par la grâce de deux libraires, s’est joué, trente-cinq ans durant, le répertoire vivant des idées. 

L‘avis de Déborah de la librairie des Temps modernes à Orléans :

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Antartica blues de Jennifer Lesieur aux éditions Stock

Voici le texte de présentation fait par l’éditeur :

« La zone antarctique a beau avoir été cartographiée, mesurée, sondée comme un désert, une jungle ou des fonds marins, nous oublions tout pour entrer dans le socle de la Terre, là où finit la géographie et où commence une certaine histoire, celle de la création du monde. »

Épuisée par le rythme infernal de la vie parisienne, Jennifer Lesieur décide de quitter son open space et une certaine société hyperconnectée. Poussée par un besoin impérieux de dépaysement total, la voilà embarquée sur une croisière pour l’autre bout du monde : l’Antarctique. Mais traverser l’Atlantique Sud n’est pas un voyage comme les autres. Au fil des pages, elle croise des passagers excentriques, des insulaires rivés à leur terre, jusqu’à ce qu’apparaisse le dernier continent encore complètement sauvage. Entre paysages époustouflants et conditions climatiques déréglées, danger permanent et paix intérieure, humour et poésie… À bord du MS Fram, sur les traces des aventuriers qui l’ont précédée, l’autrice nous entraîne dans son sillage et nous fait découvrir la fragilité des icebergs, observer les colonies de manchots et les attaques des impitoyables léopards des mers, plonger dans une eau à 0,6°C, admirer les baleines à bosse et enfin poser le pied sur le territoire le plus isolé de la planète. 

Dans Antarctica Blues, Jennifer Lesieur raconte avec ferveur et autodérision ses aventures dans une zone réservée jusqu’à peu aux explorateurs, scientifiques et chasseurs de records, aux symboles environnementaux forts. Au milieu du silence et de la blancheur éclatante de l’Antarctique, Antarctica blues questionne notre soif d’évasion et notre place sur la planète.

Tout d’abord, un grand merci à Net Galley et aux éditions Stock pour cette belle découverte. Ce roman n’est pas que le récit de deux voyages (regroupés en un seul) effectués par l’autrice. Au fur et à mesure de cette lecture, on apprend l’histoire des explorateurs qui ont découvert cet immense continent glacé, l’ont décrit et cartographié. Jennifer Lesieur nous raconte leurs aventures, mais elle décrit aussi la vie des chasseurs et des baleiniers qui ont contribué à détruire une partie de la faune. Elle peint avec précision les animaux qui y survivent, manchots, éléphants de mer, baleines à bosse, phoques… On prend conscience qu’ils souffrent du réchauffement climatique et que leur survie est menacée.

Si, au long de ce livre, on voit le cheminement intérieur suivi par l’autrice, on est bien obligé de se poser la question de cette forme de tourisme.

Pour ma part, ma première réaction a été de me dire qu’un tel voyage m’intéresserait. Puis, j’ai réfléchi : il y a non seulement la croisière en elle-même, mais le voyage en avion vers Ushuaïa, l’équipement approprié pour affronter des températures très basses, équipement qui ne servira plus par la suite… Le bilan carbone n’est pas bon ! De plus aucune mission ne m’attend en Antarctique.

Aussi, c’est décidé, je n’irai pas. Mais je pourrai rêver à ces grandes étendues enneigées vierges de toute pollution humaine, à ces eaux limpides et fraîches, à ces grands icebergs qui dérivent lentement, à cette faune à admirer et à préserver.

Merci à Jennifer Lesieur pour ce voyage et ces rêves.

Voici quelques extraits.

p. 80

« Si chaque réveil en mer est une bénédiction, ouvrir l’œil face à la Géorgie du Sud est une élévation. Une main divine a dû empoigner un fragment des Alpes et le jeter là, en plein cœur de l’Atlantique Sud. Ces pics enneigés, hauts de 2 000 mètres à quelques flocons prêts, semblent plonger directement dans une mer scintillante. Aborder l’île par Fortuna Bay, c’est entrer dans un tableau impressionniste : plus on s’approche de son rivage, plus les aplats de matière colorée deviennent distincts. À travers les jumelles, de petits pions blancs bougent sur une bande vert foncé… Les manchots royaux deviennent une réalité. »

p. 85

« De son ultime exploit, Shackleton ramena bien peu de choses matérielles et bien des certitudes qui échapperaient aux cartésiens, mais pas à ceux qui ont vécu l’Antarctique :  nous avions pénétré le placage extérieur des choses. Nous avions souffert et triomphé, rampant par terre en cherchant à saisir la gloire, grandissant au contact de l’immensité. Nous avions vu Dieu dans sa splendeur, entendu la voix de la Nature. Nous avions touché l’âme humaine dépouillée de tout artifice. »

p. 99 :

« …insuffler cet élan qui nous pousse à nous jeter dans l’eau, à nous rouler dans la neige, à courir sur une ligne droite, à grimper des pentes pour le seul plaisir de les dégringoler ensuite. À élire la nature comme domicile permanent, et plus seulement comme lieu de vacances quatre semaines par an. Comme ils semblent loin, les horaires chronophages, les entretiens d’évaluation où l’on estime votre valeur d’un trait de stylo, les demandes d’augmentation chaque fois promises pour l’année suivante et chaque fois reportées, les parodies de gouvernement fantôme pour lequel on n’a pas voté. La pression sociale tue les nerfs des âmes sensées. Rousseau et Flaubert avaient quitté la tragi-comédie humaine pour s’enfermer dans leur ermitage respectif et se consacrer, enfin, à l’écriture, en compagnie des mousses et des insectes. Grand bien leur fasse ! Ce n’était pas mon but, du moins, pas pour la vie d’ermite. Je sentais que je voulais être à la source des histoires qui naissent, plutôt que de réduire celles collectées par d’autres. Par un glissement identique, je ne voulais plus lire des récits d’aventure, mais pister leur origine. Je ne voulais plus souffrir de carence, ni intellectuelle ni sanguine. Je voulais par-dessus tout retrouver ce qui m’avait fait vibrer dès mes premiers pas dans mon métier : la rencontre de l’autre, les grandeurs du dehors prises en pleine figure, le sentiment d’être diffractée, partout et nulle part au même moment, pour engloutir le moindre atome du vivant, du différent, de l’effrayant parfois. Transformer en acte créateur cette révolte intérieure. »

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