Juin 2025

Juin 2025

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.
Au Sommaire : Emission de juin 2025 : 1-La baronne perchée de Delphine Bertholon aux éditions Buchet Chastel 2-La fille au pair de Sidonie Bonnec aux éditions Albin Michel 3-Bristol de Jean Echenoz aux éditions de Minuit 4-Le Prix de la victoire de Karl Marlantes aux éditions Calmann Lévy 5-La route de la côte d’Alan Murrin aux éditions Calmann Lévy 6-La ligne rouge de Laure Rollier aux éditions Récamier noir |

La baronne perchée de Delphine Bertholon aux éditions Buchet Chastel
Un briquet pour le feu, des provisions, des vêtements, de l’eau. Alors que ses camarades prennent la route des vacances, Billie a décidé de prendre le large. Inspirée par sa lecture du Baron perché, elle s’installe dans une cabane au milieu des arbres, dans un parc d’accrobranche désaffecté face à l’océan. Que fuit-elle ? Elle ne le sait pas bien elle-même. Sans doute, l’indifférence de Léo, son père, enfermé dans le chagrin. Quand ce dernier découvre la disparition de sa fille, il ne sait par où commencer, tant le fossé entre eux s’est creusé. Alors que Billie attend, dans son refuge de feuilles, elle est approchée par un inconnu, qui la cherche pour d’autres raisons.
Avec la sensibilité et le souffle qui caractérisent son écriture, Delphine Bertholon signe avec La Baronne perchée une ode à l’énergie de la jeunesse et un émouvant roman sur nos racines, qu’elles nous portent ou nous enferment.
J’ai beaucoup aimé ce roman, lu très vite, écrit en chapitres courts qui donnent la parole à Billie, à son père, Léo, à son grand-père Robert Malhamé, les trois principaux personnages de ce roman lumineux et original que j’ai lu d‘une traite sans jamais le lâcher.
Pourtant, on y aborde des sujets graves comme l’amour filial et différentes façons dont il se manifeste ; le mensonge ou les non-dits que l’on choisit pour protéger ceux qu’on aime ; et surtout le besoin d’attention et d’amour dont chacun a besoin pour être heureux.
Fil directeur de ce roman, Le Baron perché d’Italo Calvino, le petit caillou blanc semé par Billie avant sa disparition.
Il me reste donc aujourd’hui à lire ce livre ainsi que les précédents romans de Delphine Bertholon. Je vous y invite également !
p. 42
La nuit avait été fraîche, mais l’air matinal sentait déjà la canicule. Elle se redressa, étira ses membres endoloris d’avoir dormi à même le sol et sortit sur le seuil de la cabane perchée. Le lever de soleil était spectaculaire, rouge pétard dans un ciel dépourvu du moindre nuage, seulement quadrillé par les fines rayures blanches laissées par les avions de ligne. Il allait faire chaud, aujourd’hui. Billie était bien contente d’être au milieu des arbres plutôt que dans sa chambre sous les toits qui, en été, se transformait en sauna et l’hiver, en igloo. Dans le genre « passoire thermique », la maison de pêcheur devait exploser les scores.
Depuis son arrivée dans la petite ville côtière, Malhamé observait de loin ce lambeau de famille auquel, dans un monde parallèle, il aurait pu appartenir. Regarder vivre Billie faisait revivre Mathilde et tous les souvenirs remontaient à la surface. Les plus mauvais affleuraient bien plus vite que les bons. L’existence est mal faite. Les souvenirs heureux, il fallait creuser pour les extraire, jouer les archéologues, les convoquer à la manière des voeux, quand les mauvais surgissaient à tout bout de champ sans qu’on n’ait rien demandé.
La fille au pair de Sidonie Bonnec aux éditions Albin Michel
Hidden Grove, un domaine privé de la banlieue londonienne. L’immense grille noire s’ouvre sur cinq manoirs, des voitures de luxe et un parc savamment entretenu. Emmylou, une lycéenne d’origine modeste qui a fui sa Bretagne natale pour être fille au pair, a l’impression d’arriver au paradis.
Mais son quotidien se met rapidement à vaciller : le linge sale qui ne cesse de s’accumuler, des pleurs nocturnes à travers les cloisons, des prières murmurées, des rêves effroyables et cette maladie qui touche l’aîné des enfants et dont personne ne parle…
Coupée du monde, Emmylou est entrée dans un piège monstrueux. Pourquoi elle ? Comment s’échapper ?
S’inspirant de sa propre histoire, Sidonie Bonnec développe dans ce premier roman un suspense psychologique oppressant, où derrière les faux-semblants d’une famille idéale se cache la folie la plus noire.
L’héroïne de ce roman peut paraître naïve et crédule. Mais elle est jeune et pleine d’illusions, elle ne connaît pas grand-chose de la vie. Son attitude me semble donc assez vraisemblable.
Le milieu dans lequel se déroule l’action est surprenant, mais pourquoi pas ? Nous sommes dans un monde littéraire, la fiction y est autorisée.
Voilà un thriller psychologique écrit au présent à la première personne, et très bien écrit. On ressent les émotions d’Emmylou, on perçoit ses inquiétudes, puis ses angoisses. La tension qui va crescendo est palpable, et le suspense permanent jusqu’au dénouement, peut-être un peu trop beau… Mais la morale est sauve.
En résumé, un premier roman réussi et très prometteur, une autrice à découvrir
p. 94
Le malaise s’insinue dans tout ce que l’on ne me dit pas. Peut-être est-ce par pudeur, pour ne pas m’encombrer, par oubli ou par mépris, quel intérêt qu’elle sache ça ? Le doute aime bien ces interstices, il y coule comme un poison lent, puis sèche et reste là. Mon ignorance est abyssale, l’inconnu partout : pourquoi Lewis a-t-il des jambes en vrac, de plus en plus de mal à marcher ? Monica a-t-elle vraiment rendez-vous avec Mitchel ? Où vont les enfants dans la journée ? Qui s’occupe d’eux ? Je ne sais pas comment sortir de la résidence. Je ne connais pas la fille au pair des voisins ni ces invités sombres qui viennent toutes les semaines sans faire le moindre bruit. J’ignore tout de la religion, des croyances de mes patrons… Une partie de moi pense aux faits divers les plus glauques que j’ai lus dans la presse au sujet des sectes, de ces gens totalement frappés qui du jour au lendemain s’extraient de la société pour vivre leur foi, une foi toujours perchée.
p. 116
Voilà ce que l’on découvre en vivant seule, seule parmi les autres : chaque jour est une nouvelle chance, chaque mauvaise journée est nettoyée par la nuit, cette pause obligatoire dans ton calendrier, même si tu n’en veux pas, même si tu n’as pas le temps, la nuit est là. Et même si la journée a été bouleversante, ennuyeuse, ratée, même si ta vie semble fichue, irrémédiablement fichue, grâce à la nuit, ta vie est sauvée. En tout cas, l’image que tu en as. Je ne sais pas ce qui se passe dans mon cerveau pendant mon sommeil, j’ai l’impression qu’une bonne fée s’agite pour endormir le moisi, la merde, le pourri, et qu’au réveil, tout semble plus doux, plus raisonnable. Toi, tu te souviens que ça a foiré, basculé, tu te souviens du bizarre, de ce qui t’a alertée, tu t’en souviens, mais tu acceptes le voile que Clochette a posé dessus, parce que sinon tu ne te lèverais pas ce matin, ou tu te jetterais par la fenêtre grande ouverte au-dessus de ton lit.


Bristol de Jean Echenoz aux éditions de Minuit
Voici le texte de quatrième de couverture :
– Alors qu’est-ce que vous faites dans la région, dites-moi un peu, s’inquiète le commandant Parker.
– Disons que c’est pour un film que je suis en train de tourner, indique Robert. Comme vous voyez.
– On ne m’en avait pas averti, regrette le commandant, mais voilà qui m’intéresse beaucoup. Et quel genre de film, au juste ?
– Toujours pareil, expose Robert, l’amour et l’aventure. Avec l’Afrique et ses mystères, vous voyez le genre.
– Ah oui, soupire le commandant Parker, je vois en effet très bien le genre. Et pour votre histoire d’amour, vous avez pris quelle actrice ?
– Céleste, dit Robert. Céleste Oppen.
Ce court dialogue ne permet pas de connaître le sujet du livre, mais nous met dans l’ambiance !
Pour faire court, dans ce roman Bristol est le nom de Robert Bristol qui vit rue des Eaux à Paris, dans le 16ᵉ arrondissement de Paris. Au moment où nous faisons sa connaissance, il vient de sortir de chez lui et le corps d’un homme nu tombe de son immeuble ; mais Bristol est trop préoccupé par son travail pour y prêter attention : il est cinéaste et prépare un tournage en Afrique pour un film dont le titre doit être D’or et de sang.
Le lecteur sera amené à suivre les péripéties qui vont jalonner l’histoire de Robert Bristol, un cinéaste sans réel talent qui a l’art de se mettre dans des situations incroyables. Et tout l’art de Jean Echenoz est de le raconter avec humour et dérision. On sourit sans arrêt devant le ridicule de certaines situations parfois carrément absurdes, les jeux de mots et les oxymores. Ce court roman est un bijou d’écriture, d’esprit, d’ironie et d’intelligence. L’auteur a dû s’amuser en l’écrivant et il démontre un grand talent dans la maîtrise de la langue, mais aussi dans l’art de faire dérouler les scènes parfois à l’opposé de ce qu’on pourrait attendre ; du grand art, un vrai régal et un grand moment de plaisir.
… la terrasse est une extension d’herbe sèche et rase, ponctuée de buissons épineux auxquels s’accrochent des sacs plastiques souillés. Depuis le fond des transats on peut tranquillement compter les étoiles et, plus près de soi, douze lampions multicolores disjonctueux grésillent sur leur fil. Tout aussi faiblement éclairées, des maisons basses au toit de tôle se distinguent de loin et de temps en temps, au-delà du portail ouvert, défilent des partis d’hyènes en désordre. En quête d’opportunités diverses mais surtout nutritive, ces hyènes s’arrêtent ça et là pour fouiller les poubelles, triant et se disputant les déchets comestibles. Certaines d’entre elles, plus avisées, ricanent en jetant des regards jaunes vers les fenêtres ouvertes derrière quoi, on ne sait jamais, peuvent se trouver d’alléchants nourrissons sans surveillance, riches en protides et en sels minéraux. À part ça tout est calme et bon.
p. 172
Le jour se lève sans qu’on s’en soit rendu compte, une clarté peint les fenêtres en gris clair, on s’émerveille de n’avoir pas vu passer le temps. Comme la conversation dérive sur le voisin du dessus, Claveau fait part au commandant des soupçons de Michèle quant à l’implication de Bristol dans l’affaire du 5e étage. Ça ne m’étonnerait pas plus que ça, dit Parker, en ce qui me concerne il a filé sans honorer sa dette. J’ai le sentiment que ce salopard m’a carotté.

Le Prix de la victoire de Karl Marlantes aux éditions Calmann Lévy
« Les aurores boréales dansaient en exhibant des rideaux verts et mouvants. La neige, même de nuit, était éclatante à la lueur de la lune croissante. »
En décembre 1946, la Finlande oscille entre Union soviétique et Occident. Lors d’une soirée diplomatique, Natalya et Louise, les jeunes épouses des attachés militaires de Russie et des États-Unis, se lient d’amitié. De leur côté, leurs maris, Mikhail et Arnie, se lancent un défi : une course de ski de fond amicale dans les paysages sauvages et magnifiques du Grand Nord.
Louise, ravie, utilise l’événement comme une opportunité pour ses activités caritatives, naïve quant à la situation politique en ce début de guerre froide. Car Natalya le sait : si la nouvelle se répand et que Mikhail perd, cela mettra leur famille en danger.
Cependant, il est déjà trop tard et la course devient, dans les journaux, une bataille symbolique entre les deux camps. Tandis que les deux hommes, coupés du monde, mènent leur duel, Natalya et Louise vont tout faire pour éviter la tragédie qui s’annonce.
Ce roman met en opposition deux régimes politiques, deux pays qui ont combattu l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, deux modes de vie, deux conceptions de la société, à travers la vie de deux couples qui vont tenter de rester amis malgré tout ce qui les oppose.
Habilement construit, ce roman instille un climat anxiogène et drstabilisant. Les personnages sont espionnés, et la délation et la corruption sont présentes tout au long du récit.
Pour ma part, j’ai ressenti de l’empathie pour les différents personnages même si, souvent, j’ai trouvé qu’ils étaient décrits jusqu’à outrance : Natalya est-elle si convaincue du bien-fondé du régime soviétique ? Louise est-elle si naïve ?
Quant à leurs maris, Arnie et Mikhaïl, ils ont un sens de l’honneur, le respect de l’engagement et de la parole donnée, qui en fait des personnages presque irréels de grandeur dans un milieu arriviste et corrompu.
J’ai lu avec un grand intérêt ce roman très addictif, bien documenté et bien écrit, et qui pose de nombreuses questions sur l’engagement, le sens de l’honneur et du devoir, et l’adhésion à une cause.
p. 147 :
Blottie contre les jambes et le dos chaud de Mikhail, elle se rappela la nuit où son mari lui avait parlé en chuchotant des purges de Staline au début de sa carrière et du fait qu’il y avait survécu en gardant, comme il disait, « profil bas ». Cette tactique lui avait valu d’obtenir le commandement d’un bataillon. Et puis, il y avait eu les actes de bravoure du héros de l’Union soviétique qui avait failli le faire tuer. C’est ce qui lui avait permis de décrocher son poste de chef de la division du renseignement, qui l’avait alors mené au poste privilégié qu’il détenait actuellement – en plus de bénéficier de transport gratuit en bus, et de quarante-cinq mètres carrés supplémentaire de logement à un loyer réduit à condition qu’il reste en Russie, songea-t-elle railleusement. Six années d’enfer pour quarante-cinq mètres carrés supplémentaires de paradis communiste.
p. 171 :
Louise avait appris, à la fois de sa mère et de son père, à ne jamais accepter le refus d’un subalterne. Ses parents entendaient par là que, si un quelconque fonctionnaire rejetait votre demande, il fallait se débrouiller pour obtenir un rendez-vous avec l’échelon supérieur et réclamer le même service. Elle avait en outre appris d’Arnie qu’une approche indirecte donnait généralement des résultats plus satisfaisants sur le terrain, et avec moins de pertes qu’un assaut direct. Ayant compris, juste avant le déjeuner, qui menait vraiment la danse à la légation russe d’Helsinki, elle avait pris la décision de plaider la cause de l’orphelinat directement auprès de Sokolov. Jusque-là, elle avait passé une bonne partie du repas à l’attendrir. À présent qu’ils en étaient au thé et au dessert, il était temps de formuler sa requête.

La route de la côte d’Alan Murrin aux éditions Calmann Lévy
Texte de quatrième de couverture
Dans la petite bourgade d’Ardglas, sur la côte ouest magnifique et sauvage du nord de l’Irlande, tout se sait.
La nouvelle se répand donc vite lorsque Colette Crowley, une poétesse qui a suivi un homme marié à la capitale, revient au village. Elle s’installe dans un cottage sur la propriété de Dolores, elle-même mère de famille épuisée qui, comme le reste des habitants, considère sa locataire avec méfiance.
Alors que le divorce est encore illégal en Irlande dans les années quatre-vingt-dix, Colette est tiraillée entre le poids du passé et la liberté qu’elle a conquise. Seule Izzy, une femme au foyer en froid avec son époux, accepte de lui tendre la main.
Malgré les contraintes d’une société étriquée, les trois femmes vont tenter de se forger leur propre destin.
Mais la route de la côte est traîtresse, et peut mener vers l’indépendance autant que vers le drame.
Voilà un roman sensible et délicat qui brosse trois portraits de femmes dont la plus remarquable est celui de Colette, une femme plus émancipée autour de laquelle vont s’entrecroiser les deux autres personnages féminins, Izzy et Dolores.
Mais toutes les trois ont en commun leur souhait d’épanouissement et de liberté, ce qu’elles ne trouvent pas dans leur couple figé par les traditions, usé par la routine et les années de vie commune. Un autre personnage, masculin celui-là, intéressant est celui de Brian, le prêtre qui sait les écouter. Mais les autres hommes de cette histoire nous révèlent d’eux-mêmes une image peu flatteuse : lâches, autoritaires, manipulateurs, incapables d’empathie vis à vis de leurs femmes.
Outre l’émancipation de la femme, ce roman tout en finesse aborde de nombreux sujets comme l’éducation des enfants, leur difficulté à se construire entre deux parents désunis, le rôle de la religion et des traditions, les violences conjugales, l’adultère…
Un beau roman, bien écrit, qui pose des questions encore d’actualité et que je vous recommande.
p. 199
C’était extraordinaire ce que cachaient les paroles des gens, lorsqu’on y prêtait attention. Dolores ne cherchait pas tant à obtenir l’absolution, elle l’informait seulement que son mari n’était pas un homme bien. Certes il assistait à la messe dominicale et faisait sauter ses enfants sur ses genoux, mais Dolores était venue lui signaler que cette attitude exemplaire était un leurre. Izzy avait peu ou prou tenté de lui dire la même chose avec l’anecdote du magasin. Elle lui avait signifié : vous savez, cet homme qui rit à vos blagues et rompt le pain ou joue au golf avec vous le weekend ? Eh bien, cet homme est capable d’égoïsme et de cruauté et, comme il ne viendra pas vous le confesser, je m’en charge à sa place. Pour elles, se confier au prêtre de la paroisse revenait à s’adresser au sommet de la hiérarchie. Elles disaient à l’arbitre moral de leurs existences que leurs maris n’étaient pas des hommes bons. La déférence dont on entourait les prêtres n’avait de cesse de l’étonner, tout comme le fait que, de nos jours et à notre ère, des hommes tels que Donal Mullen et James Keaveney seraient mortifiés d’apprendre que le curé de la paroisse savait quels salopards ils étaient.

La ligne rouge de Laure Rollier aux éditions Récamier noir
Texte de quatrième de couverture :
» Tic-tac, tic-tac… Il est temps de suivre la ligne rouge. «
Les secrets bien gardés ne le restent jamais pour l`éternité. Niels et Jennifer, anciens amis d`enfance, pensaient pouvoir composer avec leurs secrets respectifs, mais le moment est venu pour eux de s`y confronter.
Niels, sapeur-pompier, se rend dans les Landes afin de vider la maison de sa grand-mère décédée. Sur place, il découvre une pièce cachée dont les murs ont été recouverts de menaces à son encontre. Jennifer, pâtissière reconnue, reçoit des messages inquiétants signés » Ligne rouge « . Les souvenirs longtemps enfouis remontent à la surface. Qui est ce maître chanteur bien décidé à faire de leur vie un enfer ?
Niels et Jennifer n`ont plus le choix : ils doivent mettre les rancœurs et le passé de côté, et affronter leurs vieux démons s`ils veulent avoir une chance de survivre.
Originaire d`Agen, dans le Sud-Ouest de la France, Laure Rollier est illustratrice et autrice. Elle a publié cinq romans : Hâte-toi de vivre ! (2018, prix Mazarine Book Day), Nous étions merveilleuses (2019), Le Disparu de Nantucket (2021), L`Ombre du lac (2022) et 19, River Street (2024, prix Découverte de l`Iris noir).
De cette autrice, je vous ai déjà présenté 19, River street. Le thriller dont je vous parle aujourd’hui est encore meilleur. Je l’ai lu en deux soirées, tellement ce roman est addictif. Le suspense est permanent, la tension de plus en plus forte au fur et à mesure que l’action avance, et le dénouement a été pour moi tout à fait inattendu.
Divisé en trois parties, Le feu, L’eau, La terre, à l’intérieur desquelles les chapitres donnent alternativement la parole à Niels et Jennifer, voilà un thriller merveilleusement construit où les indices se croisent, où le lecteur ne sait que penser et voit ses conjectures éliminées une à une jusqu’à une fin bouleversante et pourtant tellement vraisemblable !
Les personnages principaux, Niels et Jennifer, sont profondément humains et attachants. Ils vont devoir non seulement résoudre l’énigme qui les torture, mais également surmonter leurs blessures et s’unir au-delà des conflits qui les avaient opposés.
Vraiment, un excellent roman que je vous recommande.
En voici deux extraits.
p. 66
Si c’est un cauchemar, je vais finir par me réveiller et tout sera terminé. Je ferme les yeux une seconde, mais les rouvre tout de suite. Mon portable se met à vibrer sur la table. Le prénom de Romane s’affiche sur l’écran. Il ne manquait plus qu’elle. Avec le décès de ma grand-mère et mon départ précipité, j’en ai oublié de rompre. J’observe le téléphone jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. Ce n’est pas le moment, désolé.
J’ai beau creuser au plus profond de ma mémoire, je n’ai aucun souvenir de cette cave. Le menton posé sur mon poing serré, je me demande si l’armoire a toujours été positionnée à cet endroit. J’en ai l’impression, mais je ne pourrais pas l’affirmer avec certitude. « Les détails, Niels, les détails. » me répète souvent mon meilleur ami.
Je ne fais jamais attention à ce genre de choses. Je ne retiens jamais rien. Fouiller dans les méandres de mes souvenirs revient à servir de la soupe avec une passoire. Quoi qu’il en soit, deux options s’offrent à moi : prévenir la police afin de découvrir ce qu’il se trame dans cette maison, ou bien me taire et tenter de comprendre qui en est le responsable.
p. 140
Toute ma vie, j’ai subi, encaissé, pris des coups sans jamais les rendre. J’ai souri lorsqu’on me rabaissait. J’ai dit merci lorsque j’aurais dû tout brûler. J’ai baissé les yeux. J’ai rasé les murs. J’ai fait passer les envies des autres avant les miennes. J’ai pardonné. J’ai pleuré. J’ai supplié. Je me suis comportée comme il fallait, jamais comme je voulais. Je me suis laissé guider. J’ai accepté l’inacceptable. J’ai gardé pour moi les secrets de tout le monde sans confier les miens à personne. Je n’ai pas vraiment pris de décision spontanée. Je me suis rangée derrière un groupe. J’ai cru que, si je voulais me faire des amies, il faudrait cacher ce que je suis. Me taire. Acquiescer. Ne pas être la plus jolie. Ne pas parler pour ne rien dire. Rire, mais pas trop. Me noyer dans la masse. Me noyer, tout court. J’ai fermé les yeux. J’ai crié sans jamais émettre le moindre son.

