A&L :: Lectures in the Mood #048

Avril 2026

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Lectures in the Mood #048

Avril 2026

L’émission littéraire proposée par Josiane Guibert qui vous fait partager ses découvertes, ses points d’intérêts et ses coups de cœur.

Emission d’avril 2026.

1-De ma famille de Marlène Charine aux éditions Calmann Lévy ; un thriller  très bien construit qui aborde des questions comme la double vie, les mensonges, les faux-semblants, les amours toxiques.
 
2-Fauves de Mélissa da Costa aux éditions Albin Michel ; un passionnant roman dans le milieu du cirque et qui pose bien des questions à propos de la violence et de l’affirmation de soi.
 
3-Prélude à la goutte d’eau
de Rémi David aux éditions Gallimard ; un roman d’anticipation qui se déroule dans un monde devenu étouffant, où la préoccupation essentielle elle accès à l’eau.
 
4-La voisine sans histoire de Liz Nugent aux éditions Michel Lafon ; un roman qui interroge sur comment survivre et se reconstruire quand on a passé son enfance séquestré en dehors de toute vie sociale et de tout autre contact.
 
5-SOS glaciers de Christian Vincent aux éditions Paulsen ; un excellent documentaire qui alerte sur la fonte des glaciers et sur les conséquences du réchauffement climatique.

De ma famille de Marlène Charine aux éditions Calmann Lévy

Claire a disparu, et le monde de Yohan, son mari, s’écroule. Il en est persuadé, jamais elle ne les aurait quittés volontairement, lui et leur bébé de cinq mois.
Rongé par l’angoisse, furieux d’être suspecté par la police, il se lance seul dans l’enquête.
C’est alors que surgit une inconnue prétendant être une amie de Claire et détenir la clé du mystère. Selon elle, tout s’est noué en Bourgogne, au début des années 2000, quand Claire était adolescente. Une période dont elle n’a jamais parlé à Yohan…
Qui est vraiment Claire ? Victime, coupable, ou prisonnière d’un passé que personne ne veut affronter ? Une chose est sûre, Yohan ne reculera devant rien pour retrouver la femme qu’il aime, la mère de son fils – celle qu’il pensait connaître.

Le roman commence par un épisode de 2003, au cours duquel un homme est pris au piège au fond d’une piscine abandonnée ; puis on se retrouve en 2024 alors que Yohan découvre la disparition de Claire, son épouse. On comprend tout de suite que ces événements sont liés, même si on ne voit pas comment. Mais cela instaure immédiatement un suspense, une tension qui persistent et vont aller crescendo tout au long de ce roman.

Très habilement construit, il alterne les temporalités et donne la parole à différents personnages. Les points de vue des uns et des autres donnent du sens à une histoire qui peu à peu va se dévoiler au fil des pages, jusqu’à un dénouement totalement inattendu qui découle d’un plan machiavélique.

Un roman sans une véritable originalité, mais très bien construit et qui met à jour des questions comme la double vie, les mensonges, les faux-semblants, les amours toxiques, un roman écrit en chapitres courts, d’une plume fluide et percutante. Une réussite dans le genre thriller psychologique parfaitement maîtrisé par l’autrice.


p 26-27

Un son étouffé, une vibration sur une cloison de sa prison. Elle tend une main à l’aveugle, comme pour aller à la rencontre de celle qui s’est posée sur le coffre, de l’autre côté. 

– Pas encore. 

Quelques secondes – minutes – s’écoulent dans un silence de plus en plus épais. La conscience d’être seule. Seule comme jamais.

Dans le noir, les souvenirs affluent. 

Tout ce qui l’a menée là.

Des confidences. Des promesses, certaines rompues.

Une prophétie. 

Et un baiser.

p. 123

Claire avait conscience de la crainte qu’elle inspirait. Elle s’en amusait, soufflant le chaud et le froid, changeant d’avis sans crier gare, caressant puis bousculant. Cette influence sur ses camarades, c’était tout ce qu’elle possédait. Hors des murs du collège, elle redevenait insignifiante. Négligeable. Les autres ne s’en rendaient pas compte, bien entendu. Et heureusement.

S’ils avaient su quelle teneur prenait sa vie en dehors des heures de cours…

Encore aurait-il fallu qu’elle laisse quelqu’un s’approcher assez pour entrevoir la réalité sous la surface. Et ça, aucune chance.

p. 177

Elle avait apprécié Bernard Gillot dès leur première rencontre, et ce sentiment n’avait fait que croître au fil des mois. Au point qu’il était devenu une sorte de parent de substitution. Son enthousiasme, ses plaisanteries jamais moqueuses. Sa patience, lorsqu’il lui apprenait à reconnaître les pièces d’un moteur, des astuces pour l’entretenir ou le perfectionner. Alors cette fin, tellement soudaine, tellement absurde, ça l’avait figée à l’intérieur. Six mois qu’elle restait là, prostrée derrière une porte coriace. À se demander comment l’entrouvrir assez pour réussir à s’y faufiler.

À voir Mathilde continuer à progresser, mais en choisissant les mauvaises portes, les unes après les autres.

[remonter]

Fauves de Mélissa da Costa aux éditions Albin Michel

« Je veux jouer avec le feu, trembler, sentir la morsure de la mort. Défier les instincts les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »
Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…
Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au cœur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

Déjà, les titres des trois parties de ce roman donnent le ton : défier, dominer, triompher. Car voilà les moyens que se donne Tony, le personnage principal, pour surmonter ses traumatismes et pour se construire. Tony a en lui une colère, une violence qu’il a besoin d’évacuer. Et alors qu’il a quitté la violence de son père, il se trouve plongé dans le monde du cirque, cadre d’autres violences, un milieu où les hommes dominent, règnent, inspirent de la crainte et où les femmes sont souvent soumises et cantonnées dans des rôles subalternes au service des hommes, sauf Sabrina indépendante et qui sait s’affirmer.

Dans ce milieu particulier, Tony va chercher à dominer, à se sentir puissant, peut-être en volant aux fauves leur puissance.

Parfaitement documenté sur le milieu des nomades, des tziganes, ce roman met en scène les rapports entre dominants et dominés, d’une part entre le dresseur et les fauves, mais aussi dans le couple, dans la famille, dans le clan.

Au fil de la lecture, on ressent parfois de la joie et du rire, mais surtout de l’angoisse et de la peur, L’écriture puissante et rythmée, addictive et appropriée aux différentes situations, incite le lecteur à tourner les pages avec de plus en plus d’intérêt. Les personnages sont très bien décrits, leur psychologie fouillée et vraisemblable ; on ressent de l’empathie pour Tony, le seul gadjo admis dans cette société si particulière.

J’ai beaucoup apprécié ce roman, très puissant, qui pose des questions sur la domination psychologique, l’affirmation de soi, le rapport aux autres, humains ou animaux. Un merveilleux moment de lecture et une belle découverte.

p. 63

Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort, mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance.

p. 96

Je veux le faire, moi aussi. Cette pensée s’installe dans son esprit, folle, inconsciente. Je veux entrer dans l’arène des fauves. Je veux leur faire face. Devant lui, le tableau final prend forme : les cinq fauves, encouragés par leur dresseur et les appels du fouet, se placent sur leurs perchoirs respectifs, les tabourets dressés en pyramide. Chavo grimpe à son tour, se positionne tout en haut, au côté de Jaipur. Le public applaudit à tout rompre. Mais Tony ne voit rien, n’entend rien. Il n’a qu’une chose en tête, une pensée, un défi, une folle certitude : il entrera lui aussi dans la cage des fauves. Il écrira son histoire au cirque Pulko, au côté de cet homme.

p. 263

Quatre heures du matin. Il ne dort pas. Impossible. Trop d’excitation, trop d’images qui reviennent en flashs. Les projecteurs du chapiteau qui tournoient. le sable de l’arène sous le vent de petits nuages de poussière. Le fouet de Chavo claquant dans les airs. Le bruit métallique de la grille. Le contact froid du levier à travers ses sparadraps. Les cymbales, la trompette. Les yeux verts, dorés, étincelants. L’odeur poivrée des bêtes. La crinière de Thor le frôlant. Les pattes bondissant sur les tabourets. Les applaudissements. La chemise blanche collant à son dos. La masse compacte de la foule, sombre, indéfinissable. Les vagues effluves de pop-corn, de sa propre sueur. Les mouvements amples de la veste de scène de Chavo. Le poitrail offert d’Amara dansant contre lui. Les renâclements de Saskia. Les tressautements de ses phalanges autour de la fourche. Les acclamations. Lui, courant le long du tunnel, donnant de légers coups de manche dans les barreaux.

Les fauves entrant dans leur cage. Les serrures verrouillées. Le trousseau à sa ceinture. Son dos contre la cloison du fond de la voiture cage. Sa respiration bruyante. Son front en nage. Son cœur sur le point de lâcher.

Les fauves grognant, attendant leur récompense. Ses jambes flageolantes. La veste de velours abandonnée par terre, au milieu de la poussière et de la sciure. Le sentiment de puissance. L’exaltation. Les insultes criées en direction du ciel.

[remonter]

Prélude à la goutte d’eau de Rémi David aux éditions Gallimard

Au milieu du XXIe siècle, alors que les canicules à répétition redessinent le paysage mondial, Erik Dolomont a bâti sa fortune sur l’exploitation de la crise climatique. Il profite d’un vide juridique et s’approprie un iceberg qu’il fait charrier depuis le pôle jusqu’au Maroc pour en revendre l’eau douce au prix fort.

Samira, une jeune juriste spécialisée dans la défense de la nature, cherche la faille pour s’opposer à lui. Ses raisons de lui faire obstacle sont idéologiques sans doute. À moins qu’il ne s’agisse d’une vengeance personnelle ?

De la Guinée à la Suède en passant par le Maroc et la France, de 2040 à 2060, ce thriller écologique haletant nous entraîne dans un monde terriblement proche du nôtre. À travers la trajectoire de Samira, il nous invite à réfléchir aux grandes questions de notre temps.

Écrit en trois parties (Trente jours pour manger, France 2050 ; Trois jours pour boire, Maroc 2040 ; Trois minutes pour respirer, Suède 2060), ce passionnant roman pose les questions non seulement sur la protection de la nature, mais aussi sur l’appropriation des ressources naturelles et sur les problèmes migratoires occasionnés par le dérèglement climatique.

Dans un monde devenu étouffant, où la préoccupation essentielle est l’accès à l’eau, la nature a soif et les peuples agonisent. Seul, sûr de son pouvoir et de son impunité, Érik Dolomont ne pense qu’à s’enrichir et à tirer parti de la situation.

Mais Samira, animée d’une haine féroce dont on va comprendre peu à peu la cause, attend le moment qui le fera tomber.

De la Suède au Maroc, de la Guinée à la France, ce roman nous entraîne à la suite de la vie de Samira et soulève des questions déjà d’actualité. Mais, dans ce livre, pas de leçon de morale, pas de parti pris : le lecteur se fera sa propre opinion en s’attachant aux différents personnages. Et ces derniers sont très bien décrits, que ce soit Samira, femme engagée et déterminée, et même Antoine, touchant d’humanité et de sensibilité.

L’écriture est fluide, les données parfaitement documentées – l’auteur cite ses sources en fin d’ouvrage. Ce roman est un véritable thriller écologique qui se lit sans que jamais le rythme ne faiblisse.

Une belle découverte.

p. 75

À l’orée du XXIe siècle, avant tout le monde, Dolomont père sentit que l’eau était un bon placement. Son calcul était simple : la population de la Terre ne cessait d’augmenter, les réserves d’eau diminuaient. Elle était indispensable à la vie ; tôt ou tard, il faudrait la réguler. Bientôt on ne parlerait plus d’elle comme d’une ressource, mais comme d’une marchandise, au même titre que le charbon, l’électricité ou les cultures agricoles.

p. 164

La concurrence régnait pour se faire amputer. Des milliers de candidates et de candidats se bousculèrent pour le passage des tests « un rein pour une nouvelle vie ». 

Les épreuves de sélection – un enchaînement de questions à choix multiples – se déroulaient, pour ce qui est d’Agadir, dans un immeuble de soixante étages où s’entassaient les postulants comme des poussins vendus dans des cagettes sur un marché. La communication de l’État français, évasive, présentait le dispositif comme ouvert aux jeunes les plus brillants des pays les plus pauvres, tous domaines confondus. Elle ne précisait aucun ordre de grandeur quant au nombre de candidats retenus et chacun, lisant le descriptif, put se sentir brillant à sa façon.

Les inscrits furent nombreux, quinze fois plus que dans la fourchette haute des estimations. Un chiffre qui en disait long sur la détresse des pays du Sud.

p. 253

Surtout, par une série de hasards et de rencontres, Samira put se procurer un document classé confidentiel, signé par Dolomont lui-même. Il exigeait expressément d’un directeur d’usine qu’il mentît aux agents du contrôle sanitaire, en leur faisant tester une eau non issue directement de la source, mais déjà traitée, pour falsifier les taux et en dissimuler la possible dangerosité. Un pas de côté dans la nature prudente du dirigeant que Samira ne s’expliquait pas, mais qui ne laissait planer aucune ambiguïté sur son implication dans ce qui serait bientôt, pour l’opinion publique tout comme pour les médias, un scandale sanitaire.

[remonter]

La voisine sans histoire de Liz Nugent aux éditions Michel Lafon

Sally Diamond déteste les surprises et les questions. Elle obéit toujours aux consignes à la lettre. Même quand son père lui fait part d`une étrange dernière volonté, au risque de voir les médias et la police attirer l`attention sur elle…
Mais les journalistes ne sont pas les seuls à l`observer : quand des missives signées par un mystérieux  » S.  » apparaissent dans sa boîte aux lettres, Sally ne peut plus échapper à son passé.

Le titre original de ce roman est Strange Sally Diamond ; sûr que Sally est une femme étrange. En fait, ce roman et la double narration à la première personne de Sally et de Peter, les enfants nés en captivité du pédophile Conor Gaeri, chirurgien-dentiste. Comment survivre quand on a passé son enfance séquestré en dehors de toute vie sociale et de tout autre contact ? Quand on a été témoin ou victime de violences ? Quand on a suivi un véritable calvaire à la fois physique et psychologique ?

Sally n’est pas présentée ici comme une victime, mais comme une femme très humaine. On la sent fragile et inadaptée socialement, candide, voire naïve, ignorante des codes sociaux et culturels. Tout au long du livre, on la voit évoluer, se reconstruire (un peu), trouver un équilibre – assez précaire – grâce à la psychothérapie, au yoga et autres pratiques, grâce également à la musique et à son plaisir de jouer du piano. On comprend assez vite ce qui a été pour elle un traumatisme violent et destructeur.

Deuxième personnage central, Peter. Sous un certain aspect de normalité, il est resté bien plus perturbé et pervers et, tout en affirmant plusieurs fois qu’il n’est pas comme son père, il en reproduit des comportements. Mais pourrait-il en être autrement puisque son père a été son seul modèle ? Que la vie que ce dernier a construite est le seul exemple dont il dispose ?

Ce roman est addictif et je l’ai lu très vite. Les chapitres sont courts et à la fin de chacun d’eux on attend la suite. Le scénario est bien construit, mêlant les temporalités de 1972 à 2020, et, même si les ficelles sont parfois un peu grosses, même si les rebondissements sont à peine vraisemblables, on se laisse prendre par cette histoire effrayante et incroyable. 

p. 83 ; paroles de Sally

Que m’était-il donc arrivé avant que maman et papa m’adoptent ? Et comment le pays pouvait-il le savoir, et pas moi ? J’avais envie d’appeler Angela, même si elle s’en agacerait. Ce devait être terrible. Pourtant, à quoi bon s’en inquiéter puisque je ne m’en souvenais pas ? Je n’avais jamais essayé de m’en souvenir. Mais je songeais à la façon dont la police s’était étonnée que mon plus ancien souvenir ne date que de mon septième anniversaire. La mémoire des autres remontait-elle plus loin ? La mienne est pourtant excellente. Un bourdonnement étrange se répandait dans ma tête. mes mains tremblaient. De la nervosité, je crois. Je jouais du piano un petit moment, jusqu’à ce que je me sente mieux.

p. 160 ; paroles de Peter

Je m’aperçus peu à peu que notre vie n’avait rien d’ordinaire – ni celle de papa et moi ni celle des deux habitantes de l’autre pièce. Je les entendais tout le temps se déplacer là-dedans, et j’entendais mon père leur rendre visite la nuit. Leurs voix étaient toujours étouffées ce qui m’empêchait de comprendre ce qui se disait, mais souvent la femme fantôme hurlait et l’enfant pleurait. J’avais lu des centaines de livres à ce stade, et aucun personnage ne vivait comme papa et moi ni comme ma mère et ma sœur. Je me remis à poser des questions à papa : pourquoi ne pouvais-je pas dormir dans l’une des pièces à l’étage ? Pourquoi devais-je dormir dans l’annexe à côté des deux autres ? Pourquoi papa n’avait-il pas d’amis ? Pourquoi n’avions-nous pas de téléphone ? Il me répondit qu’il avait des tas d’amis et qu’il les voyait tous les jours au travail. Je lui demandais ce qu’il faisait exactement en tant que dentiste, et il me parla de plombages et de dentiers. J’avais de très bonnes dents, car je faisais bien attention à les brosser tous les jours, au saut du lit, après le déjeuner et avant de me coucher. N’avait-il pas envie d’aller au pub avec ses amis après le travail ? Il me répondit qu’il ne buvait pas d’alcool et qu’il préférait, autant que possible, ne pas me laisser seul à la maison. Quand je m’interrogeai sur l’inexistence d’autres femmes folles et dangereuses enfermées dans une pièce, il me donna un livre appelé Jane Eyre en disant : « C’est écrit par une femme, mais tu verras ce que je veux dire. »

En effet, Bertha Mason était terrifiante, mais Jane était gentille. Je n’avais encore jamais lu de livre sur les femmes. Quand je dis à papa que Denise Norton n’avait pas essayé de me faire du mal, il soupira.

p. 420 ; Peter, 2020

Ensuite, je construirai une grange à l’arrière. Je peux commander tout le nécessaire pour l’isolation phonique sur Amazon. On trouve de tout là dessus, même des chaînes et des menottes. J’ai fini par comprendre que la seule façon d’obtenir la connexion dont j’ai besoin est de prendre une femme, et de la garder jusqu’à ce qu’elle se soumette. Je suis prêt à attendre. Je ne la forcerai pas à m’aimer. Je ne l’ai pas encore trouvée. Ce ne sera pas une enfant. Je ne suis pas mon père.

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SOS glaciers de Christian Vincent aux éditions Paulsen

Christian Vincent, un des meilleurs spécialistes mondiaux de la glaciologie, raconte comment il évalue les risques glaciaires depuis vingt ans : explications, sauvegarde, solutions.
Juin 2024 : destruction du village de La Bérarde, dans l’Oisans. Mai 2025 : Blatten, en Suisse, est enseveli. «  Vidange  » d’un lac glaciaire dans un cas, effondrement d’un glacier dans l’autre : ces drames sont-ils un effet de la crise climatique ?
Le glaciologue Christian Vincent, expert mondialement reconnu des risques glaciaires, décrit avec l’œil rigoureux du scientifique la mécanique à l’œuvre dans ces deux catastrophes et bien d’autres, des Alpes à l’Himalaya en passant par les Andes. Mais il va au-delà : depuis plus de vingt ans, il alerte les autorités, tente de prévenir les risques, et il est appelé sur les sites dangereux pour évaluer la menace et proposer des solutions.
SOS glaciers, écrit à la première personne, mêle le récit d’expériences personnelles et d’explications très didactiques sur les phénomènes à l`œuvre : ceux d’hier, d’aujourd`hui… et c’est à craindre, de demain.

Dans ce livre très documenté, après avoir expliqué ce qu’est la mission du glaciologue et de la glaciologie, à travers des exemples pris dans le monde entier, l’auteur tente d’expliquer ce que sont les phénomènes et comment les prévoir. 

Pour ma part, j’ai beaucoup appris à la lecture de ce livre. À l’issue de cette lecture, on comprend que les glaciers sont des révélateurs du réchauffement climatique. En effet, la hausse des températures entraîne une élévation de la fonte donc une perte de masse des glaciers ; en conséquence, en 2050, trois quarts de la surface des glaciers auront disparu. Le constat est accablant.

Les catastrophes récentes évoquées dans ce livre – que je n’ai pas lu de façon linéaire, mais en allant d’une partie à une autre selon mes intérêts – mettent l’accent sur le danger dû à la formation de poches d’eau et de lacs glaciaires.

L’auteur suggère de surveiller les glaciers, de mettre en place et développer des systèmes d’alerte et, si nécessaire, de vidanger les lacs glaciaires.

L’ouvrage est divisé en plusieurs parties clairement identifiées qui renvoient à des cas concrets. Quelques illustrations viennent soutenir le discours.

J’ai trouvé parfaitement clair et accessible cet ouvrage conçu par un spécialiste qui reste toujours dans sa posture de scientifique.

Un ouvrage de référence à ne pas manquer.

p. 73

Les risques liés à la rupture de poches d’eau donnent un lien très indirect avec l’évolution du climat. D’autres risques d’origine glaciaire sont clairement la conséquence du réchauffement climatique : ce sont les lacs qui se forment à l’aval des fontes de glaciers suite au recul (lac proglaciaire) ou sur leurs rives suite à leur rétrécissement (lac périglaciaires). Ils sont beaucoup plus faciles à détecter. Et pourtant, comme nous allons le voir, nous pouvons nous faire surprendre.

L’histoire de Rochemelon et de son lac glaciaire est représentatif des situations de crise des dernières décennies dans les Alpes. On pense que tout est sous contrôle et, dans la réalité, on se laisse surprendre. Les programmes de surveillance ou d’inventaire pour anticiper les événements catastrophiques sont nécessaires bien sûr, mais penser que l’on peut anticiper tous les risques à partir d’inventaires serait illusoire.

p. 113

Les débâcles glaciaires ne sont pas limitées aux Alpes. Le Pérou a été frappé par de nombreuses vidanges de lacs glaciaires, en Cordillère blanche, principalement. Beaucoup de ces lacs sont apparus au cours des décennies 1940 et 1950, suite au recul des glaciers, et le Pérou est le pays où le plus grand nombre de lacs glaciaires ont été vidangés artificiellement par prévention. Je relate ici quelques événements marquants et expériences d’aménagement. Certaines d’entre elles sont intéressantes car elles indiquent ce qu’il ne faut pas faire. D’autres montrent que, malgré toute l’ingéniosité mise en œuvre, la nature réserve parfois de mauvaises surprises qu’il est très difficile d’anticiper.

p. 177

Le climat agit directement sur les bilans de surface, à savoir les variations de masse, qui sont le résultat de la somme de deux termes : l’accumulation de neige et l’ablation de neige/glace. L’accumulation de neige résulte des précipitations solides. L’ablation représente la perte par fonte, ou par sublimation. Donc, le bilan de masse est comme un bilan comptable : on regarde les gains et les pertes. Si le gain est plus important que les pertes, alors le glacier gagne de la masse et inversement. Ce bilan de masse est fondamental car il est lié directement aux variables météorologiques. Les précipitations agissent sur l’accumulation. Si elles sont solides, c’est-à-dire sous forme de neige, elles participent à l’accumulation. La limite pluie-neige est donc capitale, les autres variables agissent sur la fonte. Celle-ci est le résultat d’un bilan d’énergie, c’est-à-dire une quantité d’énergie transmise par et au travers de l’atmosphère et disponible en surface du glacier. La température de l’air est une des variables de l’atmosphère, mais pas la seule. Le rayonnement solaire, par exemple, est fondamental et influence fortement la fonte. Si on regarde l’accumulation et la fonte à l’échelle très locale, on peut voir qu’elles sont très différentes entre le bas du glacier et le haut du glacier. Ainsi, dans le haut du glacier l’accumulation est forte et l’emporte largement sur la fonte. On dit alors que le bilan de masse est positif. Au contraire, dans la partie basse du glacier, la fonte est très importante et domine largement l’accumulation. le bilan de masse est donc négatif dans cette région basse. Pour obtenir le bilan de masse du glacier, c’est-à-dire savoir si le glacier gagne ou perd de la masse dans sa globalité, il faut mesurer l’accumulation et la fonte sur l’ensemble de la surface.

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