Blocs-notes :: Le Châtelet, grandeur et décadence

La chronique de Luc Ziegler.

11/2022.

Un haut lieu de la comédie musicale à Paris est actuellement en péril : le théâtre du Chatelet. Il est devenu un bateau ivre; ingouvernable, il accumule sur ses tréteaux, les nuages et les handicaps.

Plus de direction artistique, des caisses désespérément vides, une tutelle évanescente (l’hôtel de ville), un public aux « abonnés absents », une programmation qui accumule les fiascos : le palmarès est édifiant.

Dérives, décomposition, naufrage, depuis 5 ans le Chatelet collectionne les contre-performances. Le navire finira par sombrer si rien n’est fait pour le renflouer.

Un retour en arrière pour comprendre l’impasse :

Dans une lointaine époque, Jacques Chirac, maire, faisait du Chatelet un enjeu majeur en le transformant en TMP : il s’agissait de concurrencer le futur Opéra Bastille voulu par F.M.

Le TMP acquiert une notoriété internationale avec l’arrivée de JL Choplin en 2006. Des opéras à la comédie musicale le Chatelet et ses 2000 places font le plein et certains spectacles s’exportent à Broadway. Le directeur artistique quitte ses fonctions sur un succès laissant une situation saine tout en observant « plus je faisais de recettes, plus l’hôtel de ville baissait sa subvention ».

En 2021, elle atteignait quand même plus de 15 MF

Le cumul des ennuis commence en 2017 : le bâtiment ferme pour deux ans et demi de travaux ; la rénovation se chiffre à 32 MF. Quand le nouveau Théatre sera en mesure de rouvrir, il enchaînera sur le confinement et le Covid dans une France globalement ralentie.

C’est alors que s’enchaineront une série de programmations désastreuses qui se traduiront par des fiascos de mise en scène, une obscure expérience russe immersive qui défie l’entendement, une adaptation ratée des Justes de Camus.

Pendant ce temps là, on continue à produire des des créations ou des adaptations qui n’ont qu’un seul effet : faire fuir ce qui reste du public. C’est indigent, prétentieux, calamiteux.

Dans le même temps, les adjoints à la culture se succèdent à la mairie pour un résultat toujours aussi inefficace. Anne Hidalgo sur son Aventin, reste inaccessible et injoignable puisqu’elle a des adjoints pour s’occuper du dossier.

Dans ces situations de perdition, on remarque que personne ne revendique la responsabilité du gouvernail ; au contraire on s’empresse de se mettre aux abris.

Avec le recul de l’expérience, on peut penser que le Chatelet finira par sortir de cette mauvaise passe, avant d’avoir touché le fond … sous-marin ! Un nouveau Conseil d’administration a été mis en place avec un  président déterminé : Xavier Couture. En face du Chatelet siège le théâtre de la ville qui a besoin de l’appui de son vis-à-vis pendant les travaux qui le concernent à son tour.

Après les métaphores navales, passons aux aériennes. Comment le théâtre du Chatelet décollera-t-il ?

Il faut que la Ville s’y investisse. Ce n’est pas gagné d’avance après les échecs successifs qui  ont jalonné les dernières années.

Le nouveau président se montre optimiste précisant : « Je veux refaire du Chatelet un théâtre musical de référence afin qu’il redevienne capable de générer des recettes » Voila une noble ambition.

Parmi les moyens à mobiliser d’urgence pour contribuer à l’objectif :

  • On sait en matière de comédie musicale ce qui fait recette, interesse le public et mérite d’être mis en scène, autant utiliser les recettes éprouvées en France ou aux Etats Unis plutôt que de se risquer à des constructions improbables, comme ce fut le cas ces dernières années.
  • Il y a deux ans que le Chatelet n’a pas de directeur artistique ; il est urgent d’en trouver un, porteur d’un projet ambitieux qui ne marche pas sur les plate-bandes de ses concurrents à Paris

Luc  Ziegler

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